Que ce soit autour de Paul Gauguin et du jeune Emile Bernard, ou du quatuor fondateur de l'association Die Brücke, on rencontre aussi bien chez les peintres de Pont-Aven que chez ceux de Dresde le désir de travailler en communauté. C'est le temps où Gauguin et Van Gogh rêvent de mettre sur pied un phalanstère d'artistes.

Cuno Amiet, qui a vécu les expériences française et allemande, réussit à sa manière à faire de sa maison d'Oschwand et de la dépendance qu'il y a ajoutée une sorte de lieu de rencontre vivant. Artistes, intellectuels, collectionneurs et élèves suisses et étrangers y afflueront. Il comptera successivement une vingtaine d'élèves. En 1920, par exemple, le couple Amiet accueille le fils de l'écrivain Hermann Hesse, Bruno, comme élève et pensionnaire.

On peut penser que c'est par frustration de paternité – un enfant mort-né – que l'artiste joue les patriarches. Ce qui expliquerait l'adoption et prise en pension de trois filles. C'est méconnaître la générosité du couple, c'est ignorer le besoin du peintre de cultiver des relations fortes avec la nature et avec les autres. Et comme le maître d'Oschwand jouit d'une belle notoriété, on vient le trouver et échanger des idées avec lui (surtout à partir de 1913 et jusque vers 1938-1939).

En 1914, Paul Klee lui rend visite pour la première fois, tout comme Alexeï von Jawlensky, qui vit depuis les débuts de la guerre sur les bords du Léman. Nouvelle visite, l'année suivante, de Jawlensky et de sa compagne Mariann von Werefkin. L'écrivain Carl Spitteler vient également voir Amiet à Oschwand. Giovanni Giacometti, bien sûr, passe souvent. Comme s'annonceront aussi par la suite des célébrités telles que Lovis Corinth ou le sculpteur Germaine Richier, avec laquelle Amiet se lie d'amitié. Toutes visites qui disent l'estime dans laquelle le tiennent ses contemporains.