scène

Oser, un jeu d’enfant

Critique des «Les Petits Commencements», création de Guy Jutard au Théâtre des marionnettes de Genève

Guy Jutard affectionne les toutes premières fois. Ces moments où le monde prend une saveur inédite. Ces instants où l’horizon s’élargit soudain, où l’on se sent pousser des ailes, où la vie nous appelle. Le directeur du Théâtre des marionnettes de Genève est bien placé pour observer ces éclosions et les émotions qui les accompagnent. Son jeune public découvre souvent le théâtre pour la première fois dans sa maison de la rue Rodo. Entre impatience, excitation et appréhension, parfois. Alors, Guy Jutard a eu l’idée de concevoir un spectacle dédié à ces moments fugaces dont le souvenir peut marquer durablement. Sa dernière création, Les Petits Commencements – empreinte d’humour et de poésie – est revigorante.

Pour incarner et mettre en scène cette matière évanescente, Guy Jutard a choisi le papier. Souple et transformable à l’envi, le matériau n’en est pas moins fragile, à l’image de ces histoires qui prennent forme sous nos yeux et s’évanouissent, tôt ou tard. Mais au cœur de la fragilité, que de joie de vivre et d’audace! Grâce à des comédiens manipulateurs qui excellent dans le registre engagé et candide de l’enfance (Olivier Carrel et Maud Faucherre) et à une mise en scène qui alterne aisément divers plans de jeu. Les saynètes se succèdent dans des cadres de tailles différentes: carré mobile, grand rectangle, ou cases d’un vaste tableau. Des espaces apparemment bien délimités et contraints, et pourtant, de balade forestière exaltée en numéro de cirque qui tourne à la farce, les frontières ne sont pas aussi étanches qu’elles n’en ont l’air.

Car ce qui guide le héros des Petits Commencements dans ses aventures, c’est un bel appétit de vie, malgré les déconvenues. Comme lorsqu’il voit se dresser devant lui les barrières d’un gendarme obtus. Il abandonne alors son ballon pour faire jaillir de ces obstacles des notes de musique. L’intrépide ira même jusqu’à décrocher des étoiles pour décorer une plante en pot. Avant de se raviser, et de restituer au firmament ses précieux ornements.

L’avidité ici, le nombrilisme là – le petit héros est aussi ce citadin qui, venu se ressourcer en forêt, peste contre le piaillement des oiseaux. Guy Jutard brocarde avec malice ses contemporains. Il nous invite surtout à toujours oser et à (re)commencer. Ainsi, la scène finale – l’envol du héros au bout d’un gros ballon – n’est que le prélude d’une nouvelle aventure.

Les Petits Commencements, Théâtre des marionnettes de Genève, jusqu’au 25 novembre. Dès 4 ans. Rés. 022 807 31 07, www.marionnettes.ch. 50 min.

Publicité