Le poche de la semaine

«Je suis à présent à un âge et dans un état de santé tels que je devrais penser à me laver soigneusement…»

Genre: roman
Qui ? Olga Tokarczuk
Titre: Sur les ossements des morts
Trad. du polonais par Margot Carlier
Chez qui ? Libretto, 288 p.

Dans une zone montagneuse de Pologne, à la frontière de la République tchèque, des meurtres en série intriguent la police. Des notables, un éleveur de renards blancs, des membres de l’influente société des chasseurs, leur aumônier en sont les victimes: à chaque fois, sur la scène du crime, des traces animales portent un message difficile à décrypter. Les bêtes ont-elles décidé de rendre elles-mêmes justice?

Dans une cabane à l’écart, une vieille femme observe les humains avec dégoût. Ingénieure, elle a autrefois construit des ponts pour les pays frères, puis elle a enseigné l’anglais aux enfants de la petite ville voisine. Jugée trop peu orthodoxe, elle a été renvoyée. Désormais, elle bat la campagne, au propre et au figuré, un brin paranoïaque, écrivant aux autorités des lettres assassines.

Un conflit perdu d’avance l’oppose à la société des chasseurs. Elle s’intéresse de près aux événements, tout en traduisant William Blake. Elle établit aussi des horoscopes qui prédisent la date de la mort et reçoit les visites posthumes de sa mère et de sa grand-mère. Cette végétarienne militante ne fréquente qu’un ou deux marginaux, dont une sorte d’Unabomber, avec lequel elle partage des souvenirs et quelques joints.

Les Sudètes deviennent le cadre fabuleux d’un règlement de comptes qui touche au fantastique, un pari que la romancière n’a pas pris le risque de tenir jusqu’au bout, préférant l’élucidation finale. Tant pis: Olga Tokarczuk se sert d’une trame policière transparente pour écrire une très belle fable sur notre rapport aux bêtes et aux hommes, et pour tracer un portrait acerbe de la société de la province polonaise.