Une perle

Janvier 2012, arrivage massif de livres à la rédaction. Parmi eux, un tout petit, au long titre, chez POL: Supplément à la vie de Barbara Loden, signé Nathalie Léger. Je n’avais rien lu d’elle encore. La joie de découvrir et de se mettre à l’écoute d’une sensibilité si vive! A partir de la vie d’une femme, Barbara Loden, cinéaste et actrice dans un unique film, Wanda, primé à Cannes en 1970, Nathalie Léger touche aux désintégrations intérieures et silencieuses, aux falaises impossibles à remonter. Comme dans les coups de foudre, je pensais être la seule à avoir perçu ce trésor. Je comprends qu’en à peine trois livres, Nathalie Léger a déjà son cercle. Qui s’élargira d’un coup avec le Prix du Livre Inter qui lui sera décerné en juin. J’en suis contente comme si mon candidat avait gagné une élection.

Une recluse

Avoir la chance de côtoyer des écrivains, c’est se rendre compte d’une chose toute bête mais souvent oubliée ou minimisée: écrire exige un travail de forçat. Ecrire demande de se couper du monde, un temps du moins. En mars, j’ai déjeuné avec Yasmine Char à l’occasion de la sortie de son deuxième roman, Le Palais des autres jours (Gallimard). Yasmine Char a deux garçons, comme moi, un travail qui l’occupe très largement, comme moi (elle dirige l’Octogone-Théâtre de Pully). Et elle écrit, pas comme moi. Je l’écoute me raconter la discipline qu’elle s’impose sur deux, trois ans que dure l’écriture d’un livre. Ecrire après les heures de travail, écrire le week-end quoi qu’il arrive. «C’est comme une retraite», dit-elle, recueillie, dans l’émotion de cet état d’écriture dont elle est sortie puisque son roman est fini, mais dont on devine qu’elle n’aspire qu’à le retrouver.

Une lettre

Il arrive parfois que les écrivains envoient des lettres aux critiques. Je redoute toujours un peu l’ouverture de ces missives. Je les reconnais de loin dans le courrier. Elles sont toujours manuscrites. Je les redoute parce que j’ai peur des coups d’amertume, des reproches, des remontrances. Elles vous plombent péniblement. L’enveloppe, cette fois-ci, est allongée. Je la retourne et je lis avec émotion le nom de Jean-Noël Pancrazi. Une dizaine de jours plus tôt, mi-mars, j’avais écrit sur La Montagne (Gallimard), son dernier roman, qui porte sur un drame de son enfance, dans l’Algérie en guerre. L’auteur remonte à la source d’une douleur qui a pesé sur sa vie, à la source du chagrin de ses parents, exilés ensuite à Paris. Pour arriver à regarder en face ce trauma, il déploie une incantation, sur peu de pages en fait, mais qui vous enlacent comme un roman-fleuve. Dans sa lettre, il me remercie pour l’article et me dit qu’il a eu l’impression que j’avais vu de mes yeux ses parents, dans leur détresse du départ. Je repense sans cesse à cette lettre et à ces mots. D’abord parce que je n’y ai pas encore répondu et que je suis rongée par la culpabilité. Ensuite, parce que j’ai vu ces parents, oui, et que je les vois encore, encore et encore.

Une affair e

Août. Conversation téléphonique avec Olivier Morattel, l’inspirant éditeur hyperactif de La Chaux-de-Fonds. On devise avec bonheur sur le cru 2012 que l’on pressent de haut vol. Je lui dis mon enthousiasme pour Notre-Dame de la merci de son poulain Quentin Mouron. Il m’informe qu’il a entendu dire par Jean-Louis Kuffer, grand détecteur de talents, qu’il faut absolument lire La Vérité sur l’affaire Harry Québert de Joël Dicker. Cela ne tombe pas dans l’oreille d’une sourde. Je m’y mets le lendemain. Au bout de trois pages, pas besoin d’avoir les dons de Madame Soleil pour savoir que le roman aura un destin de best-seller mondial. Je reviens au journal en claironnant qu’il faut absolument rencontrer cet auteur qui a eu l’idée folle et le talent d’écrire un thriller américain depuis les bords du Léman. J’aurai le grand plaisir de lui parler sur la terrasse du Lacustre à Genève, une après-midi de septembre. Là encore, il sera question de labeur forcené, d’engagement, de sacrifice.

Des larmes

Septembre toujours. J.K. Rowling sort son premier roman pour adultes. Embargo digne de la sortie d’un prototype de la NASA. Je lis les 700 pages en deux jours et des poussières. Et je pleure. Sur mon canapé. Puis dans le bus qui me conduit au journal. Au point que j’imagine les explications que j’avancerais si une connaissance m’arrêtait dans la rue. Je décide d’être franche, d’assumer. Oui, je pleure à cause ou plutôt grâce au livre de J.K. Rowling. Parce qu’elle redonne ses lettres de noblesse au roman social, à l’empathie, à l’engagement. Cette femme a la foi. Dans l’écriture et dans l’humain. Et cela me bouleverse.

Vu du Caire

Novembre. Grand battage avant les élections américaines. Pour les pages Opinions et Débats, on me demande de contacter un écrivain égyptien qui serait intéressé à nous écrire une chronique sur le thème «les élections américaines vues du Caire». Khaled Al Khamissi, l’auteur de Taxi et de L’Arche de Noé (Actes Sud), accepte tout de suite. Il faut la lire absolument pour regarder le monde d’un autre point de vue que le nôtre.

Pas besoin d’avoir les dons de Madame Soleil pour savoirque le roman aura un destin de best-seller mondial ,,