Classique

Ouverture décevante du Léman Lyriques Festival

Le nouveau-né annonçait un rendez-vous prometteur. Hormis le concerto pour violon de Michael Jarrell, on s'interroge à mi-parcours

Il faut se méfier des affiches. Si l’appel alléchant ne se montre pas à la hauteur des attentes, le projet a peu de chance de se développer. Et le public se sent trahi. C’est ce qui s’est passé lors de l’ouverture du nouveau Léman lyriques festival. Sur le papier, les noms scintillent: Christa Ludwig invitée dans un hommage de Pierre Michot et Christian Merlin. Petra Lang et Torsten Kerl en duo, Michael Jarrell pour la partie contemporaine, Olivier Py…

Mais la prestigieuse nonagénaire ne s’est pas présentée à l’ouverture, ce qui était prévisible. Hommage incomplet et audience déçue, avec deux jeunes chanteuses inégales. Et Olivier Py «n’interviendra» qu’à travers une de ses œuvres récitée par Alain Carré.

Le grand concert a offert bien peu de frissons. La formation honorable, composée de l’Orchestre symphonique Ose! et d’élèves de la HEM, perçait difficilement derrière les hurlements d’une Petra Lang plus Walkyrie que jamais, détonnant par moments, et le vaillant Torsten Kerl. Leurs duos d’amours (extraits de Tristan et Isolde Acte II et Siegfried Acte III) avaient des allures de conquête armée plus qu’amoureuse. Heureusement, la Brangäne sobre de Marion Grange a équilibré le discours.

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Situation délicate pour les solistes

Sans saillance, la direction de Daniel Kawka place les solistes dans une situation délicate dans ce choix de pièces maîtresses. En version de concert, musiciens dans le dos, les chanteurs sont poussés à des limites vocales que le ténor peine à dominer par instants. Ce n’est pas dans ce contexte privé de mise en scène, de finesse et de sensualité, que les anti-Wagner auront eu de quoi se laisser convaincre.

Après cette longue marche forcée, le Concerto pour violon de Michael Jarrell s’inscrit en parfait contrepoint. Des nuages et des brouillards se montre bavard et virtuose avant d’offrir des plages plus étales et tragiques où les échos et les résonances se répondent. On pense à Berg et son «à la mémoire d’un ange» dans la partie lente, lyrique et rêveuse et aux questionnements d’Ainsi la nuit de Dutilleux, dans sa dissolution finale, entre souffles, grincements et bourdonnements, rendus avec précision par la soliste Hae-Sun Kang. Une œuvre habile et sensible.

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