Britten et Chostakovitch. Jonathan Nott a choisi ce lien dans sa nouvelle saison. Une relation musicale inattendue, qui a enflammé l’OSR sous la baguette inspirante de son chef.

Ce répertoire est le sien. A l’issue de la 5e Symphonie de Chostakovitch, chargée de rage et de sensualité, délivrée par cœur dans une tension fabuleuse, on n’avait qu’un souhait: une intégrale discographique.

Grande traversée russe…

L’OSR en a la carrure, les forces et la finesse, avec des musiciens d’une envergure de plus en plus haute. Jonathan Nott en a la sensibilité, le tempérament et la puissance de conviction. On se prend à rêver d’une grande traversée russe…

Chostakovitch, donc. Son sarcasme, son ironie, ses abattements et ses emballements. Jonathan Nott libère tout ça, sans limites. Il est difficile de résister à l’électricité des élans qu’il soulève sur scène, et à la maîtrise des organisations internes qu’il révèle.

De la levée phénoménale des masses sonores (1er, 3e et 4e mouvements dont il éclaire à merveille les développements narratifs) à la joie contagieuse et grinçante dont il irrigue les passages plus humoristiques (2e), le chef captive de bout en bout.

Déferlements d’angoisse

Cette capacité à brosser des climats convient particulièrement aux univers des deux compositeurs. Dans les Four Sea Interludes de Benjamin Britten, tout s’éclaire dans une harmonie d’ambiances magnifiquement rendues. Les cors huilés, bois joueurs et cordes aiguisées se fondent, du souffle le plus caressant au déferlement d’angoisse le plus violent.

Musicien parfait?

Le jeune violoniste Sergey Khachatryan, lui, illumine la soirée dans le 1er Concerto de l’immense Dimitri. Soliste de rêve que cet archet sobre, humble, lumineux et d’une intensité poignante. Musicien parfait? A l’écoute de sa bouleversante lecture, virtuose sans aucune démonstration technique, fluide mais rigoureusement articulée, on se dit que oui, ce violoniste-là touche la perfection musicale. Et humaine, tant dans chaque note résonnent la peine et l’affection, l’espoir et l’effarement, et l’infini remerciement d’être au monde, malgré tout.