Cinéma

Ouvrez la cage aux dragons

«Dragons 3: Le monde caché» clôt une trilogie sans la transcender. Il est temps pour Harold le Viking de laisser Krokmou le dragon s’émanciper

C’est à la suite du succès de Dragons, il y a dix ans, que d’un film qui devait être unique est née une trilogie, en même temps qu’une série télé. Le troisième film de la série – Dragons 3: Le monde caché, sur les écrans mercredi prochain – conclut parfaitement la saga mais ne la transcende pas. On y retrouve Harold, devenu chef du village de Beurk dans l’épisode précédant, et son fidèle dragon Krokmou. Mais aussi un nouveau méchant, puisque comme le formulait déjà Vladimir Propp dans sa Morphologie du conte en 1928, toute quête est forcément contrariée par un vilain qui croira un temps triompher avant qu’il ne soit finalement terrassé.

L’essentiel n’est néanmoins pas cet anecdotique méchant, mais la relation entre Harold et Krokmou. Alors que le jeune Viking pensait vivre une histoire d’amitié éternelle avec une créature qu’il a d’abord voulu tuer avant de se rendre compte qu’elle était aussi apeurée que lui, voilà qu’il va devoir la laisser s’émanciper. Car Krokmou, qui a grandi, va être irrésistiblement attiré par un dragon femelle de son espèce, alors que tout le monde pensait qu’il était le dernier «furie nocturne» vivant.

Notre rencontre avec le réalisateur Dean DeBlois et l’animateur Simon Otto: «Dragons 3: Le monde caché», la fin d'un cycle

Manque de romanesque

De cette romance écailleuse vont naître quelques belles séquences aériennes, de même qu’une irrésistible parade amoureuse traitée en mode burlesque. Mais pour le reste, le film a beau parfaitement s’intégrer dans la trilogie, il n’en souffre pas moins d’un manque de romanesque. Il n’atteint jamais le souffle épique des deux premiers volets, et notamment de ce Dragons 2 (2014) qui, dans une belle scène se déroulant au-dessus des nuages, se permettait carrément de flirter avec la magie du cinéma d’Hayao Miyazaki.

De même, là où Krokmou est attachant dans sa manière de combiner l’élégance d’un chat et le côté plus pataud d’un chien, la dragonne qu’il va courtiser manque de charisme, s’avère plus lisse car n’évoquant pas grand-chose si ce n’est une blanche colombe. L’attendu dénouement n’en est pas moins émouvant, avec ce monde caché comme métaphore de ce que tout parent ressent lorsqu’il s’agit de laisser son enfant vivre sa vie.


Dragons 3: Le monde caché (Etats-Unis, 2018), de Dean DeBlois, 1h34. Sortie le 6 février.

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