Laisser les librairies ouvertes ou pas? La question déchire les pays européens qui se soumettent à un nouveau confinement. Voici la première contribution d'une nouvelle collaboration entre Le Temps et le site spécialisé Actualitté, un parcours périodique de l'actualité des livres.

Librairies ouvertes ou pas? Tour de piste européen

Le confinement résonne dans l’espace européen et les commerces ne se plient pas toujours de bonne grâce aux mesures contraignantes des Etats. En Suisse, le canton de Genève fut le premier à consacrer l’essentialité des librairies, autorisées à maintenir un accueil du public. Toutefois, les établissements de prêt resteront clos, seuls les retours de documents sont autorisés sur les quatre sites de la bibliothèque. Plus largement, la Suisse romande a laissé aux librairies l’opportunité d’une ouverture. Pour autant, du fait des restrictions imposées à certains commerçants, les clients pourraient être moins nombreux.

En France, depuis l’instauration d’un nouveau confinement le 29 octobre, le débat fait rage: les tribunes et prises de parole d’éditeurs, d’auteurs ou de libraires se succèdent. Il faudra attendre la première quinzaine de cette période, a affirmé le ministre de l’Economie, pour que le sort des librairies soit réexaminé. Dans un premier temps, le gouvernement français a éliminé toute forme de concurrence: les libraires sont réduits au click and collect, mais les enseignes comme la Fnac et autres grandes surfaces ont l’interdiction de vendre des livres. Pourtant, certains libraires entrent en dissidence, en ouvrant malgré tout, quand d’autres en appellent à la responsabilité citoyenne.

En Belgique, le livre célèbre une victoire totale: non seulement les librairies, mais les bibliothèques également ont obtenu l’autorisation de poursuivre leur activité, alors que le pays vit également sous le coup d’un confinement. Un accord politique a permis d’offrir aux lecteurs cette respiration — et à toute la chaîne du livre. La période s’avère très délicate, attendu que 25% des ventes de livres s’effectuent durant les deux derniers mois de l’année.

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7,5 millions de francs pour aider les éditeurs

Le programme du Conseil fédéral pour la culture est reconduit par l’Office fédéral de la culture (OFC) et bénéficiera, pour la période 2021-2024, à 94 maisons d’édition. Cette aide apportée aux éditeurs des trois régions linguistiques préserve son périmètre financier de 7,5 millions de francs, une enveloppe inchangée. «Cet engagement souligne l’importance des éditeurs dans le paysage culturel suisse», assure l’OFC dans son communiqué.

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Les soutiens se répartissent en deux volets, une aide structurelle et une prime d’encouragement. Pour les quatre prochaines années, 57 maisons alémaniques, 31 romandes et 6 de Suisse italienne seront accompagnées. Une augmentation, pour le cas de la Suisse romande, de près de 10%, «due à ce que plus de maisons ont déposé un dossier», nous indique l’OFC.

Le secrétaire général de Livresuisse, Olivier Babel, se réjouit par ailleurs que, sur l’ensemble des éditeurs soutenus, 26 soient membres de l’organisation. «Nous avions tenté de faire augmenter l’aide de 700 000 francs, mais la proposition n’est pas passée auprès des parlementaires, à très peu de voix, hélas», commente-t-il.

L’office souligne par ailleurs que «pour être éligible, la structure doit exister depuis plus de quatre ans. Plusieurs d’entre celles qui recevront une aide sont établies, mais demeurent avec un chiffre d’affaires modeste.» Une manière d’encourager un plus grand nombre d’acteurs. De même, les montants de soutien, compris entre 5000 et 7000 francs du premier volet, ont été augmentés de 7500 à 10 000 francs par année civile.

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Pas vu, pas prix!

Les jurés de prix littéraires comme ceux du prestigieux Prix Goncourt – 367 000 exemplaires vendus en moyenne, selon GfK – ont choisi de reporter l’annonce du lauréat 2020. Le Prix André Malraux, consacré aux essais d’art et à la fiction engagée, avait agi de même, appelant à un mouvement de solidarité qu’a finalement rejoint l’Interallié.

Cette mesure, destinée à soutenir les libraires, pour que les lecteurs ne se replient pas sur le site en ligne américain Amazon, intrigue: doit-on repousser, au risque que la saison des prix d’automne n’échappe définitivement aux points de vente?

De son côté, le jury du Femina a choisi de récompenser Serge Joncour et son roman Nature humaine. Et d’arguer de leur «conviction que les prix littéraires contribuent à soutenir la vie culturelle, les libraires, les éditeurs, les lecteurs et les auteurs gravement affectés par les mesures de confinement». Le romancier est dubitatif: «Je reçois un prix prestigieux alors qu’on ne peut plus vendre de livres», indique-t-il à France Info. En Suisse et en Belgique, où les librairies restent ouvertes, les lecteurs pourront en profiter.

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La jeunesse n’attend pas la valeur des années

Patience et longueur de temps, assure le dicton. La grande fête de la littérature et de la presse jeunesse, le Salon du livre de Montreuil, sera totalement bouleversée à cause du confinement déclaré en France. Une édition que les éditeurs jeunesse autant que les auteurs et illustrateurs auraient souhaité maintenue… sans toujours y croire.

L’affiche est totalement revue, avec un recours démultiplié aux outils web pour assurer des transmissions à distance. Un programme inédit composé d’émissions littéraires, de leçons de dessin, d’expositions animées, est encore prévu.

Autre victime et dommage collatéral, le prochain livre de J. K. Rowling, particulièrement attendu, L’Ickabog. A la suite des récentes mesures sanitaires et de la fermeture provisoire des librairies en France, les Editions Gallimard Jeunesse choisissent de reporter la publication initialement prévue pour le 12 novembre.

J’inspire, Shakespeare

A New York s’est tenue une très poétique vente aux enchères: la maison Christie’s mettait en vente un des rares exemplaires du Premier Folio de William Shakespeare — on n’en recenserait que 235 en circulation dans le monde. Cette œuvre qui regroupe 36 pièces fut établie à titre posthume en 1623, sept années après la mort du Barde. Les deux acteurs de la troupe royale, John Heminges et Henry Condell, pour qui écrivait Shakespeare, se chargèrent alors de l’édition.

Estimée entre 4 et 6 millions de dollars, elle aura été emportée pour 9,98 millions de dollars (CHF 9,11 millions), l’acquéreur établissant sans le vouloir un nouveau record mondial pour une pareille édition.

Hélas fermée pour le mois de novembre, la Fondation Martin Bodmer (Cologny) dispose de l’une des plus grandes collections d’œuvres de Shakespeare — hors monde anglophone. Un trésor à découvrir dès que le temps le permettra. Les collectionneurs déçus se consoleront avec la numérisation qu’a effectuée le Bodmer Lab: une vingtaine d’ouvrages sont en libre consultation. La British Library offre également la possibilité de consulter en ligne et gratuitement l’intégralité du fameux Folio vendu, intitulé Comedies, Histories, & Tragedies.