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Derrière leur image de couple ordinaire, Marty (Jason Bateman) et sa femme Wendy (Laura Linney) brassent des millions de dollars issus du trafic de drogue.
© Jackson Davis/Netflix

Série TV

«Ozark» ou le triomphe du «nouveau méchant»

La nouvelle série à succès Netflix raconte les tourments d’un banal citoyen devenu criminel averti. Un scénario de plus en plus courant alors que le public réclame des héros complexes, troublés… et profondément humains

Nuit bleue, musique inquiétante. Une silhouette extirpe deux lourdes glacières d’un bateau de pêche pour les charger dans son coffre. Caché sous les poissons encore luisants, une autre prise juteuse: des liasses de billets verts que l’homme s’empressera de dissimuler à l’abri d’une tuyauterie.

La première scène d’Ozark, sombre et secrète, donne le ton. Sortie en juillet dernier, cette nouvelle série Netflix parlera contrebande, embuscades et règlements de comptes. A un détail près: notre brigand roule en monospace.

Père de famille avant tout

Car Marty Byrde est avant tout père de famille. La quarantaine bien avancée, ce conseiller financier, incarné par Jason Bateman (Juno), n’est pas du genre menaçant. Et pourtant, sous ses airs proprets d’entrepreneur, le malin blanchit de l’argent pour le compte d’un cartel de drogue mexicain. Une entreprise qui tourne bien jusqu’au jour où le chef du gang, un mafioso mal luné, découvre qu’on s’est servi dans la caisse. Pour sauver sa peau, Marty lui promet de recycler ses millions sales dans la région du lac d’Ozarks, une station balnéaire dont il vient de lire le nom sur un prospectus.

Ni une ni deux, ce génie de l’épargne embarque ses deux ados et sa femme Wendy (Laura Linney) direction le sud du Missouri. Là commence une course contre la montre, la police et les gangsters locaux qui a su tenir les téléspectateurs en haleine: Ozark aura droit à une deuxième saison.

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Héros au double visage

Si le scénario paraît familier, c’est qu’il n’est pas sans rappeler celui d’une autre série à succès. De 2008 à 2013, le monde entier a suivi les frasques de Walter White, ce professeur de chimie atteint d’un cancer qui, pour assurer un avenir confortable à sa famille, décide de monter son propre laboratoire de méthamphétamine. Breaking Bad (littéralement «mal tourner») tiendra cinq saisons et fera un vrai carton, fort de douze Emmy Awards et d’une communauté de fans complètement accros.

Le point commun entre ces deux réussites télévisuelles? Toutes deux mettent en scène un héros de classe et d’âge moyens, un citoyen à l’existence banale qui bascule un jour dans l’illégalité. Un col blanc qui se salit les mains et révèle alors son double visage.

«Les séries d’aujourd’hui mettent volontiers en scène des personnages plus ambigus et complexes», souligne Mireille Berton, maître d’enseignement et de recherche à la Section d’histoire et esthétique du cinéma de l’Université de Lausanne. «Contrairement aux héros de séries classiques, au profil et à la morale clairement identifiables, ces «nouveaux méchants», selon les mots de François Jost dans son ouvrage Les nouveaux méchants. Quand les séries américaines font bouger les lignes du Bien et du Mal (Bayard), interrogent constamment les frontières entre le bien et le mal.»

Criminels attachants

Loin des archétypes de blockbusters, ces personnages plaisent au public qui s’identifie à eux… même aux meurtriers les plus récidivistes, à l’instar du héros de la série Dexter. «Ces criminels sont poussés par la détresse, le désir d’intégration et d’acceptation sociale, la colère ou encore la réparation d’une injustice… Des motivations que le spectateur reconnaît comme fondamentalement humaines, d’autant que ces héros se montrent souvent vulnérables et en proie à l’erreur. Au final, le public souhaite que leur mission aboutisse, même si celle-ci paraît condamnable.»

Dans Ozark, par exemple, on se surprend à espérer que Marty parvienne à arnaquer en toute impunité. «Que peut-on lui reprocher, si ce n’est d’avoir poursuivi le rêve américain en voulant prendre quelques raccourcis?» relevait d’ailleurs Jason Bateman dans les pages du Figaro.

Un rêve américain écorné? C’est aussi le propos. «Ces séries critiquent le monde contemporain, sa société capitaliste et plus particulièrement les institutions américaines, note Mireille Berton. Alors que Breaking Bad pointe du doigt le système de santé américain, le héros de Dexter se résout à faire régner la loi lui-même.»

Des personnages multifacettes et séduisants que l’on retrouve aussi sur grand écran, avec des films récents comme Barry Seal: American Traffic ou Shot Caller. Ou comment deux MM. Tout-le-monde se sont transformés en roi de la cocaïne et chef de gang pénitencier. Pas de quoi s’offusquer.

Pour approfondir: Les nouveaux méchants. Quand les séries américaines font bouger les lignes du Bien et du Mal, par François Jost, Editions Bayard, 2015

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