Le 17 mars, pour Archipel, l’ensemble RepertorioZero va faire valser les attendus en ouvrant le champ à trois compositeurs italiens de haut voltage: Giovanni Verrando («Krummholz»), Riccardo Nova («Yagé Howl»), et surtout Fausto Romitelli, dont l’ensemble milanais donnera les trois volets de «Professor Bad Trip», une œuvre explosive à tous points de vue.

Romitelli, c’est un destin malheureusement météorique, fauché par le crabe à 41 ans à peine, en 2004 – un court intervalle terrestre, mais qui lui aura permis de faire sauter quelques postes-frontière du continent de la musique contemporaine. Vu de Sirius, le début de sa carrière est très empreint d’un certain académisme européen: études de composition avec l’avant-gardiste véronais Franco Donatoni, puis montée à Paris, au saint des saints: l’IRCAM (Institut de recherche et coordination acoustique/musique) de Pierre Boulez. Mais assez vite, selon ses exégètes (comme le musicologue Eric Denut), Fausto Romitelli décide d’aller voir ailleurs, du côté du faux synonyme de la musique contemporaine – les musiques actuelles. Ainsi Denut lui prête-t-il un goût «pour Sonic Youth et Aphex Twin»: autant dire pour le rock et l’electro, mais dans des variantes éloignées du goût commun. Et de fait, Romitelli va faire éclater un bon nombre de barrières, incluant progressivement dans ses compositions une part non négligeable de ce que cet autre monde pouvait lui offrir – on note entre autres chez lui un goût affirmé pour les guitares électriques profondément distorsionnées.

A lire Romitelli et ses commentateurs, cet entremêlement répond à plusieurs préoccupations: il y a celle, socio-culturelle tout d’abord, visant à ne plus respecter la distinction canonique entre high art et low art – presque du Bakhtine dans le texte, qui pointait l’interchangeabilité de la culture populaire et de celles des élites quand elles sont noyées dans le tourbillon de Carnaval. Mais il y avait certainement aussi chez Romitelli un questionnement d’ordre davantage esthétique: comment jouer, dans le cadre de la musique contemporaine, avec l’inassimilable sauvagerie des enfants plus ou moins éloignés du punk?

Le cycle de «Professor Bad Trip» offre, à défaut d’une réponse, une incroyable mise en pratique de cette interrogation. Composée entre 1998 et 2000, cette suite hybride des instrumentations anciennes (flûte, clarinette, trompette, cordes, etc) et beaucoup plus modernes (guitare et basse électriques, synthétiseurs divers). A la voir en performance, elle est surtout une œuvre qui fait avec brio feu de tout bois: le dialogue qui s’instaure, puis la fusion qui se fait entre ces deux pans de l’imaginaire instrumental a tout du traité de vulcanologie – une guitare nourrie au kérosène qui s’extrait d’un amas de cordes dissonantes, un drone majestueux, presque de bruit blanc, qui vient jouer les juges de paix, le tout proposé avec un sens de la fièvre qui lui donne toute humanité. Du très grand art mêlé.

Alhambra, rue de la Rôtisserie 10, Genève. Jeudi 17 mars à 20h. Rens. www.archipel.org