Le Centre de culture et de congrès de Lucerne (KKL) a un nouveau capitaine. Robert Staubhaar a été élu hier directeur général à l'unanimité par le conseil d'administration de la fondation de soutien (Trägerstiftung), propriétaire du centre construit par Jean Nouvel. Le manager de quarante ans s'est imposé pour ses qualités de gestionnaire, ses compétences dans les domaines de la gastronomie, de l'industrie du tourisme et des congrès, ainsi que pour ses facultés de communicateur. Le fait qu'il soit un néophyte en matière culturelle, n'a pas ébranlé la commission d'évaluation et le conseil d'administration, car «la culture, pour reprendre les mots de Hanspeter Balmer, président de la fondation, est bien le seul point où le KKL ne connaît pas de problèmes».

C'est donc un pur gestionnaire de la chose touristique que l'on a préféré à deux autres candidats, l'un venant du marketing et le second, étranger, du management culturel. Robert Staubhaar a, pour sa part, jusqu'ici fait carrière dans la plus grande compagnie de croisières fluviales au monde, la Viking River Cruises de Bâle. Il possède d'ailleurs la patente de capitaine délivrée par les autorités portuaires de la cité rhénane. Il reprend ainsi la barre du KKL délaissée depuis plus de six mois par l'ancien directeur, Michael Wittwer. Ce dernier s'était retiré, faute de s'entendre avec la fondation sur les stratégies gastronomique, culturelle et commerciale du centre. Robert Staubhaar a d'ailleurs confirmé qu'il allait très rapidement étudier un concept pour lier gastronomie, congrès à une offre culturelle de haut niveau.

En collaboration avec Lucerne Tourisme, le KKL tentera de profiler la ville comme centre de rencontres. La durée des congrès n'est pour l'instant pas satisfaisante. En ne dépassant pas actuellement deux jours par manifestation, elle ne remplit pas les chambres d'hôtel lucernoises. La question n'est pas secondaire, puisque l'association des hôteliers est un des actionnaires du KKL… De même les trois restaurants du complexe doivent être dotés d'une cuisine complémentaire: il manque en particulier un restaurant de très haut standing pour occuper le premier étage. Là aussi, la question est fondamentale, puisque la gastronomie occupe, à elle seule, deux tiers du budget du KKL, soit dix millions sur quinze!

Et la culture dans tout cela? Elle n'est pas du ressort du nouveau directeur général. La programmation du Centre de Culture reste le choix d'un groupe de travail de six personnes, dont deux consultants extérieurs: Michael Haefliger, intendant des Internationale Musikfestwochen et Niklaus Troxler, responsable du festival de jazz de Willisau. Initialement, le KKL a voulu se passer d'un programmateur maison, car il serait immanquablement rentré en conflit avec les nombreuses associations locales donatrices. Ces dernières se sont assuré par leur geste financier un droit d'utilisation des salles. Ce ne fut pas là la moindre des hypothèques qui a pesé au cours de ces deux dernières années sur la qualité des affiches présentées dans la grande salle de concert (1840 places).

«Aujourd'hui tout est réglé», assure Hanspeter Balmer. On ne verra plus à l'avenir ni championnat de rock acrobatique (!), ni opérette, ni Guggenmusik dans la Salle blanche. De fait, un coup d'œil sur le programme de début d'année montre que janvier accueillait encore quelques gâteries du style Bo Katzman Chor (le Morisod gospelisant alémanique), alors que dès février l'affiche tient le cap en proposant exclusivement des concerts avec des grands interprètes de musique classique (Hélène Grimaud) ou de jazz (Wynton Marsalis). Cela n'empêchera pas les associations locales de bon niveau de se produire dans la salle de concert. Cela n'empêchera pas tous les autres de trouver une place sous le gigantesque toit du KKL. La seconde salle, la «Luzerner Saal» (800 places), agende des défilés de mode, du théâtre ou des rendez-vous pop grâce à son architecture polyvalente.

Le nouveau directeur général pourra s'immiscer dans la querelle du Kunstmuseum dont le directeur vient de quitter ses fonctions, suite aux dissensions sur la façon de présenter la collection permanente? Là encore, c'est non. Le KKL n'a strictement rien à voir avec le Musée des Beaux-Arts, si ce n'est qu'il le loge. Les locaux du musée ont été cédé gratuitement par la ville à la Kunstgesellschaft qui en contrepartie a financé une partie du KKL.

Le financement du KKL n'échappe décidément pas à la politique culturelle de ces dernières années, en mêlant allégrement fonds publics, privés et sponsors. Lucerne a cependant la palme de la complexité pour héberger sous un même toit des activités culturelles qui ne répondent pas nécessairement aux mêmes impératifs.