Festival

Au Paléo, Bigflo & Oli ont grandi... mais pas trop

Samedi soir, les deux frères toulousains ont prouvé qu'ils avaient pris du gallon en inondant l'Asse de leur rap énergique et maîtrisé. Encore parfois trop encombré d'artifices

«Eh oui bandit, les p'tits ont grandi / Maintenant on a d'la barbe on est plus si gentils». Dans La Vraie Vie, titre-phare de leur deuxième album sorti l'an dernier, Bigflo & Oli mettaient les points sur les «i»: adeptes d'un rap poli, parfois qualifié de «gentillet» parce qu'il raconte le quotidien plutôt que les excès, les frères toulousains balaient cette étiquette de bons élèves. Et rappellent que derrière leur jeune âge, il y a un triple disque de platine et un appétit de conquérants. Comme un arrière-goût de revanche. 

De retour pour la troisième fois au Paléo, le duo faisait samedi soir ses premiers pas sur la Grande Scène, à la taille de son ascension. Et c'est d'abord cette assurance qui irradie des silhouettes gringalettes de Florian et Olivio, 25 et 23 ans, lorsqu'on les voit débouler devant un parterre dense d'ados et de trentenaires réjouis. Débité sur une instru efficace et les attaques d'un violoncelle survolté, le flow, déterminé et millimétré, n'a rien à envier à celui d'Orelsan entendu la veille. Ce même Orelsan qui leur a un jour refusé un featuring, et que les deux frères défient dans un de leur titres.

Cygnes gonflables et tambour caribéen

Bigflo & Oli veulent prouver qu'ils ont grandi et grimpé les échelons, mais rappellent constamment d'où ils viennent. Sur scène, une petite maison aux volets bleus, un muret de briques et un olivier dessinent une Toulouse de papier mâché. Quant aux artistes, ils martèlent, un tube après l'autre, qu'ils sont restés les mêmes, des enfants du pays au lit une place qui préfèrent «le sirop de grenadine au champagne». Et qui invitent leur père à les rejoindre sur le morceau qui lui est dédié, Papa, pour un moment de grâce entre platines et danses latines.

Comme s'ils n'étaient finalement pas certains de pouvoir tenir le show à eux seuls, Bigflo & Oli s'entourent aussi d'un beat-boxeur qui balance des basses aussi puissantes qu'inutiles. Et pour s'assurer que la foule est bien échauffée, les Toulousains abusent de ressorts usés, la faisant s'accroupir, sauter, dériver à droite, à gauche puis recommencer...

Des intermèdes visant leur public cible, de jeunes ados captivés par l'écran coloré façon jeu vidéo et les cygnes gonflables rose fluo, reprenant avec jubilation le refrain de Dommage. Mais derrière ces artifices, qu'on ne s'y trompe pas: Bigflo & Oli n'ont pas besoin d'être des «gangstas» pour inspirer le respect, maniant tour à tour le clavier, la trompette (à une main) et le tambour caribéen. Surtout, derrière leur bagout bon enfant, les deux frères rappent avec aplomb et ont quelque chose à dire sur les angoisses d'une génération, à la recherche d'attention et de sens. «T'façon / Personne n'écoute les paroles», ragent-ils. Espérons qu'ils ont tort.

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