On se souvient du temps où Paléo n'était qu'un petit festival pour fans de Joan Baez et de Dylan. Un petit festival devenu au fil des ans l'un des principaux événements de l'été musical suisse. Croulant sous une foule des plus éclectiques, la manifestation créée par Daniel Rosselat en 1976 dépasse aujourd'hui régulièrement la barre des 200 000 spectateurs, les organisateurs se permettant même certains soirs de limiter le nombre d'entrées. Un indéniable succès populaire, qui tient à la qualité du site et à l'esprit bon enfant du Paléo, mais surtout à une ligne directrice centrée sur le plaisir des festivaliers. Plutôt que de chercher à jouer un rôle de précurseur, ou à rivaliser, côté prestige, avec le Montreux Jazz, Paléo a choisi de se centrer sur les attentes supposées du plus vaste auditoire possible.

En élargissant son affiche aux nouveaux courants (world music, hip-hop, techno) sans renier pour autant son ancrage folk-rock, en multipliant les scènes (six cette année en comptant le Palais des glaces), l'équipe de Daniel Rosselat est parvenue non seulement à conserver son public de base, mais aussi à faire cohabiter sur le terrain de l'Asse grand public et mélomanes exigeants.

Une évolution rendue possible par le travail d'une équipe où les fidèles de la première heure composent avec de jeunes passionnés venus renouveler un staff vieillissant. Mélange de goûts et de générations qui ne va pas sans tensions, mais qui a contribué à faire de Paléo un lieu assez unique où se côtoient sans heurts apparents grands-parents, parents et adolescents. Illustration avec Jacques Monnier – ami d'enfance de Daniel Rosselat – et Vincent Sager – attaché de presse du festival – respectivement responsable et membre de la commission de programmation de Paléo.

Le Temps: Quelle est la philosophie qui sous-tend vos choix de programmation?

Vincent Sager: L'idée qui prédomine est celle d'un festival grand public, éclectique et défendant un credo très clair: nous croyons aux vertus du mélange. Ce qui veut dire que le même soir, sur une même scène, on peut voir Jan Garbarek et les Fun Lovin'Criminals. Une partie du public n'appréciera pas les deux groupes, mais en évoluant dans le festival, ces gens risquent tomber sur des artistes pour lesquels ils n'étaient pas forcément venus. En construisant Paléo ainsi, on renforce considérablement le côté découverte du festival.

– Concrètement, comment se construit l'affiche de Paléo?

V. S.: C'est un travail collectif. A l'intérieur du comité de programmation, chacun a ses compétences professionnelles, son réseau d'agents et ses goûts personnels. Et c'est un élément important. Si on ne faisait que du marketing, il nous suffirait de contacter les meilleures ventes du Top 50, et basta!

Jacques Monnier: Si on programme de la techno depuis quatre ans, ce n'est pas uniquement parce que cette musique se vend bien, mais parce qu'il y a des gens à l'intérieur de la commission de programmation qui défendent ce genre. C'est un de nos principes de base: à partir du moment où quelqu'un défend une musique, nous lui trouvons une place à l'intérieur du festival.

– Dans ce cas, pourquoi avoir retenu des groupes comme Armens et Matmatah, qui semblent être de purs produits?

V. S.: Si les gens qui viennent à Nyon apprécient le renouveau celtique et que les groupes en question disposent de qualités scéniques évidentes, pourquoi nous interdirions-nous de les programmer? Je ne crois pas que cela soit notre rôle que de nous ériger en gardiens du bon et du mauvais goût. On nous a beaucoup reproché la venue de Pascal Obispo. Mais Obispo est un artiste à part entière, qui a composé pour les plus grands noms de la chanson francophone. Paléo doit aussi illustrer l'émergence de ces nouveaux artistes. Notre mission n'est pas de singer les Transmusicales de Rennes en cherchant à présenter à tout prix «le» nouveau talent.

J. M.: L'intérêt des scènes plus petites, c'est de pouvoir se permettre des incursions dans des domaines plus pointus, comme c'est le cas cette année avec Kruder & Dorfmeister, Lamb, ou 22-Pistepirkko. Mais il faut être réaliste: nous avons besoin de près de 30 000 personnes par jour et il serait impossible de les attirer sans programmer des artistes fédérateurs.

– Justement, on reproche souvent à Paléo son gigantisme. Tenez-vous vraiment à accueillir autant de monde?

J. M.: Non, mais il est difficile de revenir en arrière. Et puis, actuellement, on n'imagine pas le festival sans la Grande scène, sans ce côté grand-messe musicale.

V. S.: C'est trivial, mais Paléo doit tenir son budget, et ce sans subventions. Nous ne sommes pas dans la situation de certains festivals français largement soutenus par les pouvoirs publics, et qui peuvent se permettre de prendre davantage de risques. Nous, nous sommes obligés d'aller vers la rentabilité, sans quoi, il n'y a plus de festival.

Paléo Festival de Nyon: du 20 au 25 juillet. Rens. au tél. 022/365 10 10. Loc.: TicketCorner. Internet:www.paleo.ch