Après quelques morceaux, il enlève sa chemise et dévoile un t-shirt à slogan: «Pêcher en restant silencieux alors qu’on devrait protester transforme les hommes en lâches.» Ancien ministre de l’Environnement australien, géant chauve à la théâtralité appuyée, Peter Garrett a toujours utilisé Midnight Oil pour proposer, au-delà de la musique, des textes à message. Ecolo de la première heure, voilà le chanteur qui sue sous un soleil de plomb.

Midnight Oil, l'habitude de brûler

Il est 18 heures mercredi quand le groupe formé à Sydney en 1976 débarque sur la Grande scène du Paléo pour une deuxième soirée, à l’instar de la première, résolument rock. «On vient d’Australie, on a l’habitude du soleil», rassure alors Garrett.

Séparé en 2012, revenu de nulle part pour une tournée mondiale après quelques concerts épars ces dernières années, Midnight Oil a connu son gros quart d’heure de gloire entre 1987 et 1990, lorsque deux albums – Diesel and Dust et Blue Sky Mining – ont connu un retentissement mondial après la sortie confidentielle de cinq premiers enregistrements. C’est d’ailleurs lorsque les Australiens revisitent ces deux enregistrements qui frayaient joliment avec un rock épique aux relents parfois blues qu’ils se montrent le plus inspirés. Accompagnés d’un rescapé de Hunters & Collectors, les cinq musiciens assurent, mais lorsqu’ils enchaînent quelques titres un peu bourrins, ils ressemblent finalement plus à une bande de potes jouant au pub un soir qu’à un groupe qu’on pensait voir, au tournant des années 1980, devenir énorme.

En fin de concert, après avoir fait sans s’en rendre compte de la Suisse une province française, Garrett délivre enfin ce Beds Are Burning tant attendu, puis enchaîne sur The Dead Heart. Le public sort enfin de sa chaude torpeur, mais le groupe doit alors composer avec un son approximatif, un sourd bourdonnement venant plomber quelque peu ses envolées lyriques, de même qu’auparavant la batterie, trop en avant, aura souvent muselé le travail d’un bassiste et de deux guitaristes appliqués.

Les Pixies dégoupillent une bonne trentaine de titres 

Autres revenants et autres souvenirs, à peine une heure plus tard. Si Midnight Oil évoque ces héroïques années 1980 où le rock commença de plus en plus régulièrement à envahir les stades, les Pixies ont en quatre ans et autant d'albums profondément secoué la scène alternative américaine, faisant entre 1988 et 1991 le lien entre le post-punk et le grunge. Formation culte citée comme «la» référence par Nirvana et à laquelle, sur cette même Grande scène, Arcade Fire rendra en fin de soirée hommage («on ne serait pas là sans eux»), les Pixies fêtaient mercredi leur deuxième Paléo. Quelle différence avec leur performance de 2006? Dans le fond aucune, si ce n’est que les Bostoniens ont depuis sorti deux bons nouveaux albums (Indie City en 2014 et Head Carrier l’automne dernier), d’où des titres récents venant entrecouper ces classiques que sont «Debaser», «Here comes Your Man», «Bone Machine», «U-Turn» ou «Where Is My Mind?», morceau devenu culte depuis son utilisation par David Fincher sur la bande-son de Fight Club.

Là où les Red Hot Chili Peppers ont mardi pris leur temps et proposé un peu trop de pseudo-improvisations faisant régulièrement retomber le peu d’ambiance qu’ils sont parvenus à générer, les Pixies, fidèles à eux-mêmes, dégoupillent en 90 minutes chrono une bonne trentaine de titres, provoquant au passage le premier pogo du 42e Paléo, avec à la clé le jet d'une cannette de bière bon marché qui a manqué de peu le chanteur Black Francis et l’expulsion d’une poignée de jeunes n’ayant visiblement pas terminé l’apéro entamé la veille. Pas un mot entre les morceaux, juste un petit signe de la main en guise d’au revoir. Cette impression quand même, après ce «Into the White» final joué dans un nuage de fumigènes très années 1980: les Pixies ne sont pas faits pour tenir une scène si imposante où, passés les vingt premiers mètres, ils ne suscitent qu’une curiosité polie.

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Arcade Fire, ceux qui occupent tout l'espace

Sur le coup de 23h30, le voilà enfin, le groupe capable de convaincre jusqu’aux plus lointains des spectateurs. Dix ans après leur première venue ici même, les Montréalais d’Arcade Fire occupent instantanément tout l’espace de la Grande scène. Six musiciens devant, quelques autres derrière, et les voilà qui démarrent sur l’entraînant «Everything Now», extrait de leur cinquième album du même nom, disponible en fin de semaine prochaine.

Avec Arcade Fire, on a cette sensation (on est là aussi à mille lieues des mécaniques des Red Hot) de voir un groupe compact, soudé, heureux de jouer ensemble, d’être là face à la foule. Win Bulter et Régine Chassagne, le couple qui préside aux destinées de ce beau navire rock n’hésitant pas à se rapprocher de territoires plus pop, voire disco, ont pour eux une énergie et un charisme qui emportent instantanément l’adhésion.

Les vingt dernières minutes de leur performance, qui les a vus proposer «Creature Comfort», «Neighborhood #3 (Power Out)», «Rebellion (Lies)» puis enfin «Wake Up» en rappel, restera probablement comme l’un des grands moments de ce Paléo cuvée 2017.

Finalement donc, belle cohérence rock avant que d’autres musiques ne rassemblent sur la scène principale de l’Asse ce public familial qui fait la spécificité du festival vaudois. On ose tout de même une remarque. N’aurait-il pas été judicieux de recaler les Pixies aux Arches, pour plus de tension, et de proposer aux Anglais de Temples, tenants d’une pop psychédélique joliment extatique, d’ouvrir la Grande scène? Ce qui aurait ainsi permis à Midnight Oil de passer un plus tard, pour un «Beds Are Burning» entre chien et loup qui aurait à n’en pas douter été plus efficace encore.