Les choix d’Ariel Herbez

Marc-Antoine Mathieu, 3 secondes (Delcourt). Une des meilleures… non, LA bande dessinée de l’année (voir ci-dessus et LT du 4 novembre 2011). Un noir et blanc somptueux et, pour le lecteur, un besoin de recherche d’indices et d’interprétation excitant.

Cosey, Atsuko (Jonathan t.15) (Le Lombard). Un drame amoureux et une disparition qui resurgissent d’une période noire de l’histoire japonaise et provoquent une ébauche d’idylle entre Jonathan et la belle Atsuko. Un dialogue au rythme de haïkus, un Cosey au mieux de sa forme. Album simple et version augmentée pour presque le même prix.

André Juillard et Yann, Mezek (Dargaud). La naissance de la force aérienne israélienne en 1947, dans un pays à peine né se battant pour sa survie, et le drame d’un pilote juif allemand enrôlé comme beaucoup d’autres dans l’armée de Hitler pour éviter les persécutions à sa famille. Un magnifique et douloureux récit sur un fond historique véridique.

Christophe Blain et Abel Lanzac, Quai d’Orsay, chroniques diplomatiques t.2 (Dargaud). Une nouvelle tranche de vie du cabinet du ministre des affaires étrangères Alexandre Taillard de Vorms, alias Dominique de Villepin (scénarisée par un insider sous pseudonyme) délicieusement cyclonique. On en sort presque aussi lessivé que le conseiller Arthur Vlaminck, qui vit l’enfer mais est prêt à tout pour y rester.

Enki Bilal, Julia et Roem (Casterman). Sur une Terre mouvante bouleversée par une catastrophe écologique, se rejoue la tragédie de Roméo et Juliette, avec pour enjeu la victoire renouvelée de la mort ou la revanche inédite de l’amour.

Etienne Davodeau, Les Ignorants, récit d’une initiation croisée (Futuropolis). Spécialiste de l’enquête sociale au long cours et au plus proche des gens, Davodeau corse l’exercice: tu m’inities à ton métier en me faisant travailler un an, demande-t-il au vigneron, et en échange je t’emmène rencontrer les auteurs, éditeurs et imprimeurs de la BD. Fascinants échanges entre deux ignorants qui en savent un peu plus à la fin du livre.

Bastien Vivès, Polina (KSTR/Casterman). Sacré meilleur album de l’année par les critiques et journalistes de l’ACBD. L’ambition, le travail acharné d’une jeune danseuse pour parvenir au sommet de son art et la relation plus qu’exigeante, presque fusionnelle, avec son maître. Vivès éclate vraiment, après des premiers livres intéressants, mais trop encensés.

Zep, Carnet intime (Gallimard)

Zep n’arrête jamais de dessiner ce qu’il voit, avec une prédilection pour les vieilles pierres et les arbres tourmentés. Ses dessins et aquarelles, vus pour certains à l’exposition du mudac, sont magnifiquement réunis dans un livre impeccable, avec des commentaires manuscrits qui dévoilent au coin d’une phrase un peu des mystères de la création et de ses pensées paternelles ou amoureuses.

Franck Bourgeron et Sylvain Ricard, Stalingrad Khronika t.1 (Dupuis). Même en plein cœur du terrifiant siège de Stalingrad, la bataille des ego et des intérêts, les bassesses du népotisme, les veuleries face à la tyrannie ne connaissent pas de répit au sein d’une équipe chargée de réaliser un film à la gloire du grand stratège Staline. Saisissant.

Stanislas, Jacques Tardi et Michel Boujut, L’Enigmatique Monsieur Schmutz (Le Perroquet des Batignolles t.1) (Dargaud). La mise en images savoureuse par l’adepte de la ligne claire Stanislas d’un feuilleton radiophonique écrit en 1997 par le tandem de choc Boujut et Tardi. Un mystère pétillant, drôle et référentiel.