Sur fond orange, un chimpanzé embrasse à pleines babines un robot. Un cross-over de La Planète des singes et de Terminator? Non, juste un slogan ontologique: «Ni animal, ni machine. Juste humain», tant il est vrai que l’homme descend du singe et va vers le robot. Cette forte image signée Bastien Vivès orne la couverture du premier numéro de Pandora, la revue bisannuelle de «Bande dessinée et fiction» que lance Casterman, 264 pages d’histoires complètes et inédites.

Dans la mythologie grecque, Pandora est la première femme créée par les dieux. C’est elle qui ouvre la boîte contenant tous les maux de l’humanité; c’est donc sa curiosité qui rend notre vie intéressante. C’est aussi le nom d’une jeune femme que Corto Maltese croise dans La Ballade de la Mer salée, le premier livre publié par Casterman dans son catalogue de bandes dessinées adultes. Et Corto Maltese en Sibérie était une des vedettes d’(A Suivre), le magazine qui, en 1978, voulait donner à la bande dessinée ses lettres de noblesse.

Récits complets

La nouvelle revue comble un manque. Elle succède à (A Suivre), dont elle partage les exigences esthétiques, mais témoigne de l’évolution du 9e art. Les romans graphiques à suivre en noir et blanc au format A4 ont cédé place à des récits complets en couleurs dans un format «mook».

«Pandora s’adresse à tous ceux qui possèdent un esprit curieux […] Tous les genres peuvent y être abordés, tous les genres revisités, tous les styles inventés sans aucune autre contrainte que la brièveté», éditorialise Benoît Mouchart. Quelque 38 créateurs majeurs proposent 27 histoires. Parmi les plus belles réussites de ce premier numéro, les exercices de style de Blutch emberlificotant la ligne claire, un récit noir de Jean-Claude Götting, une dérive onirique de Jean-Claude Menu, une déambulation philosophique de Viscogliosi, un récit immobile de Loustal, deux chapitres de «Le laveur de vitres et les surfaces rugueuses», cet éloge de la transparence enluminé par Mattotti, un texte de Brigitte Fontaine illustré par Olivia Clavel… Soit un «panorama du meilleur de la créativité» contemporaine.

Pandora, éditions Casterman, 264p.