«Je suis en deuil.» c'est ce qu'avait déclaré Jean-François Panet à fin 1989, lorsqu'il fut licencié comme un malpropre du cabaret des Faux-Nez, à Lausanne, dont il assumait la programmation depuis sa reprise par le Square-danses, une émanation du nouveau MAD. L'affaire avait fait déclencher un véritable orage sur la capitale vaudoise, fruit des dissensions qui régnaient alors entre les tenants d'une culture jeune, populaire, et les fans de chanson plus traditionnelle que Panet programmait à la rue de Bourg. Aujourd'hui, ce sont ses amis qui sont en deuil, puisque Jean-François Panet vient de mourir à 61 ans, à Aubonne (VD), des suites d'un cancer.

On l'oublie: l'attachant Panet était Français, né à Nemours près de Paris. Ce passionné de poésie et de théâtre entame au début des années 60 une carrière de comédien, archétype du bouffeur de vache enragée, obsédé dans l'idée de «se faire tout seul». En 1973, c'est la chance de sa vie: il se fixe à Lausanne où il anime les très prestigieux Faux-Nez. Chaque soir de spectacle, il présente les artistes qui s'y produisent à la manière «Panet», d'une voix toujours rocailleuse que l'on entend encore résonner dans le caveau.

Poème d'amour

Auteur d'un récit autobiographique, Les Poings serrés, Panet est aussi l'anthologiste des Poèmes pour l'être aimée, qu'il a publié à L'Aire (1995). Mais c'est surtout de l'homme de radio dont on se souviendra, puisque ces dernières années, ses raucités vocales ont donné pas mal de charme à l'émission «C'est curieux», l'après-midi sur La Première de RSR. Un charme plus direct que sa périlleuse tranche de poésie sur Espace 2. On l'a aussi vu jouer, en 1996, dans un épisode de la série Julie Lescaut, tourné à Genève.

Panet mort, c'est l'âme des Faux-Nez qui s'envole définitivement. Et Lausanne qui perd un héraut de sa vie culturelle. Un personnage.