récit

Paolo Cognetti ou l’apprentissage de la solitude

Un attachant récit de formation au cours d’un été à la montagne

De son enfance urbaine, le garçon sauvage garde avant tout le souvenir des vacances à la montagne, du guide qui lui a appris à grimper, de la liberté enfin retrouvée. Aussi, quand il sent sa vie lui échapper, que les déconvenues s’amoncellent, c’est là qu’il se réfugie, sur les flancs rocailleux mais accueillants d’un alpage. Une baita, un chalet restauré au milieu d’un hameau en ruine, lui sert de caverne pendant un printemps et un été. C’est l’apprentissage de la solitude, la réappropriation du corps, une réconciliation muette avec un père mal connu et décevant. Né en 1978, le Milanais Paolo Cognetti a déjà beaucoup écrit, sur New York particulièrement. Un de ses romans, Sofia s’habille toujours en noir, a été traduit chez Liana Levi en 2012. Avec Le Garçon sauvage, il s’agit explicitement d’un récit de formation autobiographique, dépouillé, sans prétention et par cette simplicité même, attachant.

Apprivoiser le silence

Sur l’alpe, au début du printemps, c’est d’abord le travail physique qui permet au garçon de renouer avec sa part sauvage. Il faut apprivoiser le silence, laisser venir les renards, les biches et les oiseaux sans faire de bruit. Réapprendre les gestes quotidiens: construire le feu, couper le bois, cuisiner, cueillir. Une tentative de potager échoue, et c’est tant mieux: il s’agit d’écouter la nature, pas de la domestiquer. Puis, quand les vachers débarquent avec leurs bêtes et leur matériel, une forme de sociabilité s’installe: peu de mots, mais qui frappent par leur rareté, des échanges de service.

Faucher et faner

Le garçon se découvre capable de faire obéir des veaux récalcitrants, de faucher et de faner. L’été venu, il va plus loin, en altitude, en exploits physiques, en solitude, dans de longues randonnées. Il aime à se mettre en danger, se soumettre à des épreuves initiatiques, quitte à en pleurer d’épuisement ou à se moquer de lui-même.

On pense à Erri de Luca, en moins politisé. En quête de lui-même, le garçon recherche des maîtres, pour remplacer le père qui n’a pas su jouer ce rôle. Les livres l’aident sur ce chemin. Parmi eux, Mario Rigoni Stern auquel il emprunte de beaux passages sur les arbres d’altitude; le Walden de Thoreau, bien sûr; mais aussi Elisée Reclus, Primo Levi, et une poétesse morte très jeune, Antonia Pozzi, qui se suicida «par désespoir mortel» en 1938, à l’âge de 26 ans, et qu’il cite en exergue: «J’ai séjourné dans les hauteurs/au-delà des sapins – cheminé par monts et par vaux/lumineux – traversé des lacs morts – et les ondes prisonnières/m’ont chuchoté/un secret.»

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