«Las Vegas Parano est une tentative ratée de journalisme gonzo.» Aveu du créateur sur sa créature: dans sa compilation d'articles La Grande Chasse au Requin, Hunter S. Thompson revient sur le délire qui a inspiré Terry Gilliam et dans lequel il fait une courte apparition. Mieux, il en démonte la structure: l'écrivain-journaliste avait eu l'idée de n'envoyer, en guise de reportage, qu'un carnet de notes pas même réécrit.

Mais Thompson avait repris les rênes, laissant déborder la fiction. Pauvre successeur de la «beat generation», assassin des idéaux sixties et dépeceur patenté de l'Amérique seventies, contraint d'enterrer son invention: «En fait, le vrai journalisme gonzo, ça ne marche pas du tout.»

Gonzo? Thompson, né en 1937 dans le Kentucky, aurait pu rester un chroniqueur sportif, si son désir de changement – toujours sur les routes et sur les lignes blanches – ne lui avait inspiré, pour le magazine Rolling Stone, le journalisme gonzo (de l'italien «gonzo», nigaud), des chroniques frappadingues, pluie de vitriol sur la société américaine. Pour entrer dans la peau de son modèle, Johnny Depp a «passé énormément de temps en sa compagnie, confiait-il à Libération pendant Cannes. Je filmais nos rencontres et je le suivais dans tous ses délires, construction d'explosifs, tir au pistolet dans la pampa, des jours et des nuits entières à picoler.»