«Tu vois, moi je crois qu'on donne vachement envie vu de l'extérieur.» Tout couple avec bébé a dû prononcer cette réplique. Et c'est ce genre d'évidence que le troisième long métrage du Français Benoît Cohen recense. Production modeste tournée entre amis dans une maison du sud de la France, Nos Enfants chéris espère même réduire la population des jeunes parents à travers un microcosme où aucune figure stéréotypée n'est oubliée: le temps des vacances, voici réunis le papa poule et cuisinier (Mathieu Demy), son épouse jeune mère en chute d'hormones (Laurence Côte), une ex libérée et généreuse (Romane Bohringer) et son époux goujat qui échappe à toutes les corvées et les couches à changer en se cachant derrière L'Equipe ou la sonnerie de son portable (Mathia Mlekuz), sans oublier l'éternel célibataire en décapotable qui présente chaque matin une autre fille à ses amis (Julien Boisselier).

A force de chercher à rendre «cool» les leçons vaudevillesques d'Eric Rohmer (ou de Claude Chabrol, remercié au générique), Benoît Cohen, également scénariste, accumule surtout les moments de bravoure. Chaque scène apporte en effet, à l'un ou l'autre des acteurs, son moment d'hystérie. Et, appliquée en humour jambon beurre, la formule ne vaut pas les colères vertes de Hulk. D'autant que les piques s'accompagnent ici de grandes déclarations sur la vie, l'amour, les enfants.

Pompeux malgré sa légèreté forcée, le film possède pourtant son moment de grâce. En pleine nuit, l'un des convives, pas encore père, descend à la cuisine et découvre que la moitié de la maisonnée prépare des biberons, des purées, etc. Stupéfait, il murmure: «Je viens de découvrir un monde parallèle.» En effet, celui à côté duquel Benoît Cohen est passé. Celui qui lui aurait peut-être permis d'échapper à l'anecdotique.

Nos Enfants chéris, de Benoît Cohen (France 2003), avec Romane Bohringer, Mathieu Demy, Laurence Côte, Julien Boisselier.