Qui ? Carole Zalberg
Titre: Je suis un arbre
Chez qui ? Actes Sud Junior/D’une seule voix. Dès 15 ans

«Il faut qu’on fasse avec, elle et moi. Avec notre honte et notre amour.» Ainsi Fleur parle-t-elle de sa mère. Une mère alcoolique, sans aucune prise sur sa vie et encore moins sur celle de sa fille qui s’occupe de tout à la maison. C’est l’adolescente qui a fait ce choix: ne pas rester avec son père et sa nouvelle famille, retourner auprès de celle qui l’a tant aimée lorsqu’elle en était encore capable, et se débrouiller.

Par bribes, le lecteur comprend comment cette construction tient le coup: un père qui n’a jamais dénigré sa femme mais en dit les faiblesses, les courages, les impuissances; un oncle à la générosité judicieuse; et une amie, surtout une amie, Louna, elle aussi si responsable, si adulte, si seule: son père travaille la nuit, dort le jour et va trop mal pour s’intéresser à elle.

Le tour de force de Carole Zalberg, outre une scène finale offerte comme un petit moment de grâce, fragile et magique, c’est d’avoir réussi à rendre son récit léger, et d’arriver à si bien capter son lecteur par son admirable langue, qu’elle lui indique les chemins à suivre, les belles choses à regarder, les moins belles sur lesquelles ne pas s’attarder.

Qui ? Audren
Titre: Ma grand-mère m’a mordu
Chez qui ? L’Ecole des loisirs/Neuf. Dès 9 ans

Personne ne veut croire Marcus: il a des traces de morsures au poignet, et lorsqu’on l’interroge sur l’auteur de cet acte barbare et qu’il répond que c’est sa grand-mère, il déclenche l’hilarité générale, ou l’incrédulité, voire l’agacement: une grand-mère, ça ne mord pas son petit-fils (et surtout pas pour une sombre histoire d’émission de télé).

Ce bref roman sans manichéisme montre bien les difficultés d’un enfant à se faire entendre dans un monde où tous les rôles sont prédéfinis, voire tous les comportements: c’est psychologique, depuis le départ de sa maman il n’est plus le même, il veut sûrement couvrir quelqu’un mais de là à accuser une personne sans défense… Les réponses toutes prêtes des adultes frustrent l’enfant qui aura par chance le soutien d’une jeune voisine, elle aussi malmenée par une aïeule acariâtre, et qui saura lui faire passer un message nuancé: «Il faut respecter les gens qui te respectent.»

Joliment écrit, avec une fin qui redéfinit à nouveau les vraies valeurs, ce roman plutôt drôle esquisse avec délicatesse la place qu’il faudrait accorder à la parole des enfants.