Fouillant la bibliothèque en quête d’une chronique, je retrouve une anthologie. Librio a publié, en l’an 2000, un petit livre sur chacun des sept péchés capitaux. C’est l’été. Il fait chaud au bureau. Ils sont nombreux à être en vacances autour de moi. Luxure ou Paresse, j’hésite. Puis, finalement, je tends mollement la main vers Paresse, présenté par Sébastien Lapaque. Songe d’un jour d’été, songe fugace de lundi matin.

Et voilà François Villon qui regrette ses paresses d’antan: «Hé! Dieu, se j’eusse étudié/Ou temps de ma jeunesse folle/Et à bonnes mœurs dedié,/J’eusse maison et couche molle./Mais quoi? Je fuyoië l’école,/Comme le fait le mauvais enfant./En écrivant cette parole,/A peu que le cœur ne me fend.» Le cœur lui fend, certes. Mais à nous beaucoup moins. Puisque nous lisons ces vers, nés peut-être d’assidues journées d’école buissonnière, et dont on peut gager, d’ailleurs, que leur auteur ne les écrivit pas sans suer. Fructueuse paresse.

Oblomov

Un peu plus loin, on retrouve Oblomov, emblématique et éponyme héros de Gontcharov, passé maître absolu dans l’art subtil de ne rien faire. Quelles délices de se promener le long de son histoire, d’y vagabonder au gré de l’anthologie, de s’allonger avec lui sur son divan, tandis que la tête «appuyée sur la paume d’une main», il fait mine de déchiffrer le livre posé devant lui: «Cependant Oblomov prit le temps de lire cette page jaunie par le temps et dont il avait interrompu la lecture un mois auparavant. Puis il remit le livre à sa place, bâilla et se replongea dans la méditation»…

Et où le mènent ses rêveries? «A la campagne», où il dessine mentalement, méticuleusement, les plans de sa maison à venir, le jardin dont il rêve et la famille qu’il ne saurait tarder à fonder. «Quand donc viendra cette existence paradisiaque, tant désirée! Quand est-ce que j’irai dans les champs et les bosquets de mon pays? pensait-il. Si je pouvais en ce moment être couché sur l’herbe en dessous d’un arbre, regarder le soleil à travers les branches et compter les oiseaux qui se posent sur les branches pendant qu’une servante aux joues roses, aux coudes découverts, arrondis et souples, au cou bronzé m’apporterait sur l’herbe le déjeuner ou une collation!» Mmh! Et moi donc. Me voici soudain non plus devant l’écran mais sous l’arbre, guettant l’heure du goûter en comptant les cerises.

Et pourtant Oblomov est à Saint-Pétersbourg, poursuivi par ses créanciers. Et pourtant, c’est lundi et je suis au bureau. Trompeuse paresse. Car c’est bien toute une affaire que de ne rien faire, de cultiver l’oisiveté rêveuse avec art, de nourrir le temps sans le tuer pour autant. Il faut un imaginaire en parfait état de marche, une capacité d’évasion hors norme, la faculté de s’extraire du monde qui vous entoure… Tous les talents d’un lecteur, en somme.


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