Scènes

A La Parfumerie, l’amour version volcan

A Genève, Anna Lemonaki mélange les langues, les corps et les cœurs pour un spectacle sur l’élan amoureux et ses freins. Imparfait, mais attachant

L’amour est parfois aussi véhément qu’un volcan et aussi chaotique qu’un sol raviné. L’amour, nous dit Anna Lemonaki à La Parfumerie, ressemble aux paysages islandais. Dans Fuchsia saignant, spectacle polyglotte en plus d’être amoureux, il y a du Rodrigo Garcia dans l’adresse directe, l’agressivité à fleur de peau et le côté gymnique du show. Mais il y a aussi du Angélica Liddell dans le fort rapport à la féminité et la souffrance expiatoire qui lui est associée (une femme qui souffre est une femme sauvée). Formée chez Serge Martin, à Genève, l’auteur et metteur en scène grecque plébiscite le théâtre physique, l’interaction avec le public et le questionnement ardent. Son travail, brut et débordant, est attachant.

Arrête tout ça

Une famille se présente au micro, face public, l’air las. Il y a la mère (Jessica Kaibali), il y a le père (Philipp Stix) et il y a l’enfant (Mélina Martin). La fille porte le prénom d’Aretoussa et, comme le spectacle joue sur les langues et une forme de dépit, on entend «arrête tout ça». C’est que la mère, Eva (comme la première femme), a 103 000 ans, dit-elle, et n’est plus amoureuse de son mari, Babis (qui se fait appeler Adam pour imaginer qu’il est le premier homme). Elle aime un hidalgo qu’elle a rencontré et laissé sur les îles Vestmann, au large de l’Islande, et elle répand sur son clan une infinie mélancolie.

Un état qu’Eva traduira plus tard par un flamenco aride et ardent. Babis est moins profilé. On sait juste qu’il est Autrichien et qu’il aime le piano. Lorsque sa fille veut s’envoler en Islande avec un guitariste aux cheveux blonds (Samuel Schmidiger) qui porte le nom d’Erotokritos, poème épique crétois, le père invite le musicien sur le grand trampoline qui trône au centre du plateau et le déstabilise en sautant à ses côtés alors qu’il est en train de jouer.

Théâtre mouvementé

Ça remue chez Anna Lemonaki. Il y a deux ans, dans Bleu, l’artiste grecque installée à Genève avait exprimé avec le même feu les peurs paniques qui ont empoisonné ses 20 ans. Après Fuchsia saignant, présent volet sur l’amour et le chagrin, une troisième étape abordera les thèmes de la mort et de la fin. On aime son travail? Oui, pour l’énergie et la force du questionnement – en y allant, vous saurez tous sur les lahars. Moins pour les tics contemporains, comme cette séance de gymnastique sur la communication avec le musicien au loin ou le moment de télé-réalité, hurlé et archi-cliché, sur la guérison de la mère mélancolique. On préfère quand Anna parle avec sa voix.


Fuchsia saignant, jusqu’au 25 mars, théâtre de La Parfumerie, Genève.

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