Scènes

La Parfumerie, vingt ans de soulèvement adolescent

De la rage et de la joie par vagues. A Genève, Michele Millner mène depuis vingt ans des ateliers théâtre où les adolescents s’expriment librement. A savourer jusqu’à samedi à La Parfumerie

En colère. Et joyeux en même temps. Si vous n’aimez pas les déferlantes d’énergie, si vous n’aimez pas que la liberté de vivre, d’aimer et de créer soit réclamée à grands cris, alors n’allez pas ces jours à La Parfumerie. Une troupe, ou plutôt, une horde d’adolescents y déversent leur soif d’un avenir plus poétique et plus tolérant.

Cette exubérance n’est pas une surprise. Depuis vingt ans que Michele Millner mène ses ateliers du Théâtre Spirale avec, entre autres, l’excellent musicien Sylvain Fournier qui l’accompagne depuis dix-huit ans, on est habitué à voir sous sa direction des ados debout et puissants, dressés contre une société trop acquise à l’argent. Dans Nous avons des nuits plus belles que vos jours, à découvrir jusqu’à samedi à La Parfumerie, même combat. Partant des plaies et des joies de leur enfance, 15 jeunes comédien(ne)s accomplissent un vibrant parcours choral qui passe par Robert Desnos et l’auteur de théâtre Tiago Rodrigues.

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La belle surprise. Et la belle idée. Associer le contrebassiste et comédien Sandro Rossetti à la fière équipée. La septantaine toujours aussi farceuse, le cofondateur du Théâtre du Loup raconte comment il a grandi à sept dans un 4 pièces de la Jonction et comment il a bravé l’autorité maternelle en fuguant jusqu’au… Café Remor qui est juste next door! Courses de tricycle dans un quartier où les trottoirs étaient larges et les chaussées dégagées, immeubles sans code ni ascenseur, le témoignage relayé par les jeunes comédiens fait un peu rêver. Mais le musicien si attachant n’oublie pas que les corrections parentales pouvaient être musclées…

Des gnocchis saupoudrés de haine

A l’autre bout de la chaîne des générations, les adolescents égrènent aussi leurs parcelles d’enfance. Souvent, il est question de peur, de différence. Un ado se demande pourquoi, pendant longtemps, ses seuls amis étaient imaginaires. Une jeune fille se souvient de sa maman qui pleurait souvent, alors elle dansait en chantant bien fort pour masquer ce chagrin pesant. Un gars costaud se souvient des «gnocchis saupoudrés de haine», une autre se rappelle l’affection des siens lorsqu’elle a traversé un cancer… Parfois, des chansons et des poèmes amènent leur touche surréaliste, tandis que les déguisements les plus allumés défilent au fil de la soirée.

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Ce qu’on retient de cette proposition tout feu tout flamme? La force du lien humain et de la poésie que résume parfaitement l’épilogue emprunté à By Heart de Tiago Rodrigues. L’auteur portugais y raconte comment, sur le point de se faire arrêter lors d’un congrès stalinien, Boris Pasternak, alors pressé par ses pairs de faire une déclaration mémorable, a simplement dit le numéro 30. Droit derrière, tout le congrès s’est mis à réciter le sonnet 30 de Shakespeare que chacun connaissait par cœur. «La beauté qu’on l’a en nous, personne ne peut nous la voler», clament les adolescents, désormais riches de ce magnifique enseignement.


Nous avons des nuits plus belles que vos jours, jusqu’au 29 juin, La Parfumerie, Genève. Ce jeudi 27 juin, à 21h, concert du gruppetto et vendredi 28 juin à 21h, cabaret interstellaire.

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