Il y a encore deux ans, sortir en salle un film comme Les destinées sentimentales début août aurait paru suicidaire. Mais l'été n'est plus la saison morte du cinéma. Elle ne l'a jamais été aux Etats-Unis où le public se rue depuis longtemps dans les salles pour fuir la canicule. L'industrie américaine exporte cette pratique en Europe dès la fin des années 80 avec l'Arme fatale en 1987, Men in Black en 1997 et Wild Wild West en 1999…

Mais le rythme de ces sorties n'a jamais atteint la frénésie de cet été 2000: un «blockbuster» toutes les semaines ou presque. La France réagit: le Centre national du cinéma (CNC) publie ce printemps le rapport Goudineau qui stigmatise l'effet néfaste du creux de l'été. Et le CNC de majorer de 50% son aide aux films distribués pendant cette période. Les Destinées sentimentales, qui fait partie des 23 films français à risquer l'aventure, a attiré 250 000 personnes en un peu plus d'un mois. A Lausanne, Gérard Ruey de Cab Productions, qui coproduit le film, décide de suivre l'exemple français: «Sortir ce film en été permet d'éviter l'embouteillage de la rentrée et d'obtenir une bonne couverture médiatique.» Une vision que ne partage pas le distributeur du film, Felix Haechler, de Film Coopi à Zurich: «Cela marche en Suisse alémanique mais je n'y crois pas trop en Suisse romande. Les Romands n'aiment pas aller au cinéma en été.»