Spectacles

Les paris ailés de Jean Liermier à Carouge

La saison carougeoise promet des vols planés classiques en compagnie de Marivaux, de Goldoni et de l’électrique Wajdi Mouawad

La bohème de Jean Liermier. Le directeur du Théâtre de Carouge reçoit sous les toits. C’est là que le metteur en scène niche, comme le hibou dans son grenier, cerné ici par deux piles de DVD, de Fellini à Alejandro Amenabar, là par une digue de livres. On est dans les bureaux de la grande maison genevoise, une auberge picaresque dirait-on, c’est-à-dire bringuebalante. Dans ses alvéoles, on s’emballe: la saison 2019-2020 est sur orbite, le téléphone arabe – souvent numérique – fonctionne à plein.

C’est le printemps et Jean Liermier en apprécie l’allant. Sa Cuisine, comme il a appelé la grande nef provisoire qui accueille les spectacles de l’institution, est une boutique qui roule: le gradin de 500 sièges est souvent comble. Et pendant ce temps, le nouveau Théâtre de Carouge sort de terre: on devrait l’inaugurer en mars 2021.

L’esprit des lieux? Il passe à travers trois spectacles au moins et par un camion-roulotte. C’est sur celui-ci que les acteurs Jacques Michel – à l’origine du projet –, Olivier Gabus et Carine Barbey joueront La Grande Guerre du Sondrebond de Ramuz, mis en scène par Robert Sandoz. «Ce camion permet depuis deux saisons de jouer sur les places de village dans le canton de Genève et ailleurs, de rencontrer un public différent», commente Jean Liermier. Dès le 20 août, les mots de Ramuz feront mouche devant La Cuisine d’abord, avant le canton de Vaud.

Drague vénitienne

L’esprit des lieux, c’est aussi le premier spectacle romand du Français Clément Hervieu-Léger, qui libère la lave des textes, en disciple qu’il a été de Patrice Chéreau. Il montera Une des dernières soirées de carnaval, comédie de Carlo Goldoni qui tient à un fil, soupir d’aise ou de tristesse.

Mantra classique, donc. Jean Liermier y est fidèle, par tempérament et calcul, depuis qu’il a pris la direction, en 2008, «du Carouge». Pour enfoncer le clou, lui-même reviendra à Marivaux, auteur qui lui va comme un gant de soie. Il projettera dans les jardins piquants de La Fausse Suivante six acteurs qui ont de l’étoffe et de la folie, à l’image de Rébecca Balestra, Brigitte Rosset et Christian Scheidt.

Mais la force d’attraction de ce programme, c’est aussi celle exercée par Tous des oiseaux, fresque éblouissante de Wajdi Mouawad, qui fera l’ouverture de la saison, grâce au festival La Bâtie. C’est le genre de pièce qui fédère les générations, qu’on soit enfant de Shakespeare ou pas.

Piqûres d'amour

Le retour de la comédienne-chanteuse Yvette Théraulaz, qui dira tout – ou presque – sur les hommes, promet des piqûres d’amour. En fée carabine, Claude-Inga Barbey dialoguera avec les fantômes de Charles Dickens – Un conte de Noël, en décembre. La merveilleuse Aurélia Thierrée abolira la pesanteur au printemps, telle Mary Poppins, dans Bells and Spells, éloge de la cleptomanie signé de sa mère, Victoria Thierrée-Chaplin.

«Beaucoup de gens se méfient du théâtre, raconte le hibou en son repaire. Il faut leur donner envie, notamment à travers des initiatives culinaires, celle qui consiste à inviter une habitante du quartier à partager une recette de son pays.» La bohème carougeoise est ailée. Elle agit sur vous. Tous des oiseaux, au fond.


Renseignements sur le site internet du Théâtre de Carouge.

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