Olivier Kaeser et Jean-Paul Felley, les nouveaux directeurs du Centre culturel suisse de Paris (CCS), sont à pied d'œuvre depuis début octobre. Ils se sont installés dans le petit bureau aux accès biscornu occupé avant eux par Werner Düggelin, Daniel Jeannet et Michel Ritter, disparu en 2007. Installés, c'est encore beaucoup dire. Ils sont assis face-à-face, Janus bi-front d'une direction dont ils assument chacun la moitié, entourés de murs encore blancs et devant deux ordinateurs allumés. Tout est à faire, tout est toujours à faire quand on arrive. Et, si leur nomination pour succéder à Michel Ritter laisse penser que les arts plastiques auront une place de choix dans leur future programmation, ils assurent que le CCS, dont le public verra le nouveau visage à partir de février 2009, ne pratiquera pas la monomanie d'aussi bonne qualité soit-elle. Ils ne renient pas la parenté de leurs intérêts avec ceux de leur prédécesseur, mais ils comptent s'entourer de consultants extérieurs pour toutes les disciplines.

Premier message: les locaux du CCS qui ont peu évolué depuis l'ouverture, en 1985, vont changer de visage; à commencer par les bureaux qui perdront sans doute en pittoresque mais devraient gagner en fonctionnalité. A suivre au printemps 2009, la transformation de la bibliothèque et de l'espace de réception qui donne directement sur la rue; ils seront transformés en librairie-café dédiée non seulement à la promotion de l'édition suisse mais aussi à la vente. Et en 2010, la refonte de la salle d'exposition et du hall d'accueil. Olivier Kaeser et Jean-Paul Felley espèrent que le financement de ces travaux, qui est encore en discussion avec Pro Helvetia, n'obérera pas le budget de 2 millions de francs annuels, et permettra de consacrer les sponsorings qu'ils recherchent aux activités culturelles.

Second message: la pluralité des disciplines se traduira, disent-ils, par des cartons d'invitation qui les mettent à égalité et par une programmation où les expositions, dont ils sont par ailleurs des spécialistes, ne prendront pas toute la place et ne relégueront pas le reste du programme au deuxième plan. Néanmoins, on ne se refait pas, leur première manifestation publique, à la mi-février 2009, sera une grande exposition consacrée, pour la première fois en France, à deux artistes suisses alémaniques, ou plutôt un artiste bicéphale comme eux, Lutz & Guggisberg (nés en 1966 et 1968), héritiers de Fischli-Weiss, proches de Pipilotti Rist, et virtuoses multimédias. Avec, parallèlement, toute une série de manifestations autour des Genevois de L'Alakran, qui se définissent eux-mêmes comme une «compagnie d'activisme et d'agitation théâtrale». Suivra, à partir du mois de mai, un programme lié au cinéma avec Jean Perret et le festival Vision du Réel de Nyon, quatre sessions de trois jours sur le document, l'archive et les fictions du réel (projections, débats, rencontres), et une exposition d'art contemporain internationale sur le document. Pour l'automne 2009, le programme est encore à l'ébauche; seule certitude, l'exposition sera consacrée à la plasticienne Silvie Defraoui. Et ils ont lancé une invitation au célèbre curateur suisse Jean-Christophe Amman en lui donnant carte blanche au cours de l'année 2010

Troisième message: le CCS va se doter les moyens de s'inscrire au cœur d'un réseau d'acteurs du monde artistique. D'abord en développant son site Internet dont la reconstruction est confiée à la graphiste suisse installée à Paris Jocelyne Fracheboud, responsable, entre autres, du design graphique d'une des plus intéressantes institutions parisiennes vouées à l'art contemporain, La Maison Rouge. Ensuite en faisant appel à des intervenants extérieurs variés pour l'animation de débats et de rencontres. Enfin en créant un journal paraissant trois fois par an, une plateforme franco-suisse où apparaîtront les activités du CCS, mais aussi des dossiers consacrés à des événements et à des artistes suisses présents en France; des chroniques sur les livres, disques, DVD et autres productions culturelles helvétiques; et des annonces venues d'institutions culturelles suisses souhaitant mieux faire connaître leurs activités en France.

Olivier Kaeser et Jean-Paul Felley vont partager leur temps entre Genève et Paris, comme ils se partagent le poste de directeur, et se sont organisés, puisqu'ils sont chacun à temps partiel, pour poursuivre certaines activités sous l'appellation d'Attitudes. Ils ont réussi à entrer en fonction sans trop de vagues. Si les anciens chargés de projets, Nicolas Trembley et Klaus Hersche s'en vont (les deux directeurs, reprendront entièrement leurs fonctions), le reste du personnel devrait continuer à travailler avec eux. Six ans après les conflits et les polémiques qui avaient accueilli Michel Ritter, la transition devrait se passer en douceur.