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«Paris etc.»: même les Parisiennes ont une âme

OPINION. Avec Maïwenn, Zabou Breitman a conçu pour Canal + une série sur des femmes luttant pour exister dans leur vie – et dans Paris. Des histoires portées par des actrices et une écriture épatantes

D’abord, on peut se demander pourquoi lier ces destins de femmes à une ville. Dans Paris etc., que Canal + montre ces jours et propose intégralement sur MyCanal, Zabou Breitman, avec Maïwenn et la scénariste Anne Berest, raconte les vies parallèles, parfois un peu croisées, de cinq femmes dans la capitale française – et cette appartenance géographique est soulignée jusqu’au titre.

Il faut citer les actrices, tant elles sont d’emblée captivantes: Valeria Bruni Tedeschi en épouse criarde («Paris c’est fait pour les bagnoles, y’en a marre des vélos!») et brisée à la fois, qui vante ensuite le recyclage promu par son mari fuyant; Anaïs Demoustier, touchante en deuxième compagne d’un homme qu’en fait elle ne comprend pas – elle s’entend mieux avec son jeune fils; Naidra Ayadi, maman militante et épouse en rébellion partielle; Lou Roy-Lecollinet comme jeune Alsacienne qui débarque dans cette puante capitale pour un rude stage en cuisine, ainsi qu’une colocation avec de jeunes mâles bobos; et Zabou Breitman elle-même, personnage d’exilée à Tahiti, qui revient dans ce bourbier urbain.

L’ironie de Zabou Breitman

Durant ces 12 épisodes de 30 minutes, la réalisatrice et actrice glisse des archives TV des années 1960, quand émergeait la figure des nouvelles Parisiennes, élégantes mais qui ont de l’esprit, lorsque l’on évoquait le shopping en talons, et même, déjà, la dure vie des cyclistes sur les boulevards. On comprend alors la douce ironie de Zabou Breitman, sa distance délicate. Elle situe ses héroïnes dans des couches historiques, elle leur donne une ascendance, fût-ce par l’ironie. La Parisienne n’est plus ce qu’elle aurait dû être, ce qu’elle n’a peut-être jamais été.

Les femmes de Paris etc. frappent par leurs éructations comme leurs failles. Elles gueulent et elles pleurent, elles sont d’une résistance de roc et pétries par des faiblesses pire qu’évidentes. Elles sont belles.

Paris atroce, ou glorifiant

Dès lors, on peut lire le projet des auteures de la série de deux manières. D’un côté, on peut se dire que ces cinq protagonistes apparaissent si fortes précisément parce qu’elles sont Parisiennes. Au contraire, on peut estimer que leur puissante humanité leur permet de rester des femmes entières, malgré Paris, ce dévoreur d’âmes qui pue toujours le diesel. Au fond, Zabou Breitman propose de fines séquences plus redoutables qu’il n’y paraît.


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