L'Opéra de Paris continue à être frappé par les grèves. Mais la situation se détend peu à peu. Hier soir, la première très attendue de l'opéra Tannhäuser de Wagner s'est déroulée dans des conditions inhabituelles: non pas la mise en scène prévue par Robert Carsen, mais un «arrangement scénique, avec costumes et lumières».

C'est déjà mieux que les semaines précédentes, au cours desquelles 17 représentations ont dû être annulées. Depuis le 18 octobre, le vaisseau parisien se heurte à la contestation de la réforme de son régime spécial de retraite par plusieurs organisations syndicales. A ce jour, l'établissement estime avoir perdu plus de 3,1 millions d'euros (5,1 millions de francs). Billets remboursés, ou formules destinées à compenser les désagréments lorsque les spectacles sont donnés en «version réduite»: les pertes sont considérables, d'autant plus sévères qu'à l'approche des Fêtes la programmation d'ouvrages populaires (Tosca, le ballet Casse-Noisette) est destinée à remplir les caisses.

Le personnel de la maison (1680 salariés) reste attaché à son régime spécial, l'un des plus anciens en vigueur, créé en 1698 par Louis XIV. Dans un premier temps, artistes et techniciens se sont mobilisés pour défendre leurs intérêts (retraite à 40 ans pour les danseurs, à 50 ans pour les choristes, à 55 ans pour les machinistes et éclairagistes). Dans un deuxième temps, seul le personnel de plateau (machinistes et éclairagistes, soit 5 à 10% des salariés) a poursuivi la grève.

Lent retour à la normale

L'accord conclu ces derniers jours avec la plus large majorité des organisations syndicales (CGT, CFDT, FO et CFTC) a porté ses fruits. Hier après-midi, le syndicat SUD - le plus radical - levait à son tour son préavis de grève. Il ne reste plus que la FSU, ultra-minoritaire, qui réclame la prise en compte dans la retraite des techniciens d'une prime mensuelle qui équivaudrait à 10-14% du salaire. Le maintien de ce préavis reste une menace, mais c'est la seule poche de résistance.

Depuis mardi, le personnel technique de Garnier et de Bastille a repris son travail. L'activité est à nouveau normale au Palais Garnier. Le ballet Casse-Noisette a connu deux représentations complètes, l'opéra Alcina une également mercredi soir. Quant à Tannhäuser, les futures représentations à Bastille seront assurées dans un arrangement scénique, «jusqu'à nouvel ordre».