Paris, les Halles, le poumon de la ville. La foule et le bruit. Une volée d'escaliers. On s'enfonce dans les entrailles de la place Saint-Eustache. L'architecture années 1970 suinte des murs jaunis. Un escalator, puis deux, et là, juste en bas, à droite, une immense ouverture lumineuse, éclatante, d'un rose gourmand aussi séduisant qu'une invitation au voyage. De grandes vitres interpellent le passant, et déjà un attroupement se forme devant le tout nouveau, tout beau tout propre, Forum des images. Une des portes s'ouvre, enfin. On frôle l'émeute, les sésames sont brandis, les guichets s'animent, les premières visites peuvent commencer. Magie du cinéma, à l'entrée déjà.

Il y a encore quelques années, trois très exactement, se cachait ici l'ancien Forum des images de la Ville de Paris, créé il y a vingt ans, vieillot, dissimulé derrière une porte située sous le grand escalier de la Porte Saint-Eustache.

Après trois ans de réflexion et de travaux, le nouveau Forum dévoile enfin ce week-end son nouveau visage. Pour l'occasion, le maire de Paris, Bertrand Delanoë, a inauguré mardi soir la «rue du cinéma», courant du Forum à l'UGC Ciné Cité, non loin de là, en passant par la toute nouvelle bibliothèque François Truffaut, entièrement dédiée au cinéma.

Premier coup d'œil, premier constat, le choix d'un lieu contemporain, lumineux et ouvert sur l'extérieur, a été le bon. Le hall est immense, avec des murs arrondis, des lignes tranches et verticales. Les couleurs mastic, blanc, noir et rose pétillent d'originalité tandis que des bandes lumineuses, rose elles aussi, suspendues au plafond, rappellent le déroulement des bobines de cinéma.

On pense à 2001, l'Odyssée de l'espace, de Stanley Kubrick. Ce qui n'était pas forcément voulu par les architectes, Anouk Legendre et Nicolas Desmazières, de l'Agence X-TU, en charge de la rénovation du Forum. «Nous avons cherché le mouvement: dans la lumière, qui s'atténue au fur et à mesure que l'on avance vers l'obscurité des salles, ou dans les matières, lisses, pures», détaille Anouk Legendre. Au détour d'un escalier, d'un entresol, les perspectives se jouent du visiteur. Effets de miroir ici et là, prolongeant d'autant une salle, un couloir, jeux d'optique en contre-plongée, métal noir ou chromé; le lieu est moderne, ludique, contemporain, et surtout chaleureux.

A l'image de cette mezzanine aux vitres de plastique rose, qui reçoit le 7ème Bar, où aficionados et passionnés pourront prolonger débats et discussions. On continue. Un couloir obscur aux signalétiques originales débouche sur les cinq salles de projection d'origine, rénovées: nouveaux fauteuils, nouveau projecteur numérique.

Surtout, le public va découvrir la nouvelle salle des consultations. Clou de la rénovation. Lumière tamisée, enveloppante, fauteuils bas, un esprit très lounge. Des postes sont disponibles en individuel, en duo, en petites alcôves ouatées ou en mini-salons privatifs. On savoure. Quatre cents mètres carrés feutrés et futuristes de promesses cinématographiques les plus folles et audacieuses. Parmi lesquelles 5500 documents numérisés de la collection Paris du Forum, du Bassin des Tuileries des frères Lumière, en 1896, au récent Marie-Antoinette de Sofia Coppola. La mission originelle du forum est respectée: constituer et préserver la mémoire audiovisuelle de la capitale française. Mille autres documents numérisés sont aussi proposés, des films du Parti communiste à ceux de la Femis (la Fondation européenne pour les métiers de l'image et du son). La consultation se fait par occurrence, par thème, par acteur. Les œuvres se répondent, des correspondances se créent.

Le cinéma est ici envisagé comme une activité sociale, une lecture publique de l'image. Par son contenu, le Forum questionne la société et son évolution. Son Académie du cinéma proposera des master class mensuelles animées par des cinéastes - dont James Gray mi-décembre -, des cours de cinéma gratuits les vendredis, des débats avec des réalisateurs ou des rencontres tous les deux mois avec Bertrand Tavernier.

Une offre culturelle publique contemporaine et de qualité, qui aura nécessité 7,6 millions d'euros. Présent à l'inauguration, Frédéric Maire, qui prendra la tête de la Cinémathèque suisse en novembre 2009, confie: «Je suis jaloux de Laurence Herszberg (ndlr: directrice du Forum) en ce qui concerne la numérisation et l'accessibilité aux œuvres, plaisante-t-il. On devra s'en inspirer dans le futur pour la Cinémathèque suisse. Un lieu d'archivage doit être le plus vivant et le plus riche possible. On doit pouvoir à la fois regarder, consulter et apprendre. Concernant l'architecture, par contre, le contexte est totalement différent et une rénovation n'est pas essentielle. Nous verrons comment mettre en place cette nouvelle phase et avec quel budget.»