Paris, Toulouse, Mons, Tortosa… partout la culture remplace la viande

Paris

«C’est le tango des bouchers de la Villette/C’est le tango des tueurs des abattoirs/Venez cueillir la fraise et l’amourette/Et boire du sang avant qu’il soit tout noir/Faut que ça saigne», chantait Boris Vian dans les années 1950. Depuis, les abattoirs de la Villette ont été en partie détruits après un début de reconstruction transformé en scandale financier. La majeure partie des bâtiments a été détruite pour donner le parc de la Villette, avec ses Cités des sciences et de la musique mais on a gardé quelques beaux restes. Ainsi, la halle aux bœufs est devenue la Grande Halle de la Villette. Dans cette grande architecture de fer et de verre commandée en 1865 par le baron Haussmann à l’architecte Jules de Mérindol, désormais classée au patrimoine, salons, expositions et concerts se succèdent depuis quelque quarante ans. www.lavillette.com

Lyon

A Lyon, l’architecte de la ville, Tony Garnier, est aussi celui des abattoirs, doublés d’une halle destinée au marché au bétail, mais qui commence par abriter l’exposition universelle de 1914, perturbée par la guerre. La halle est transformée en usine d’armement et en dépôt de munitions. Le bétail n’y entrera qu’en 1928 et les abattoirs fonctionnent de 1932 à 1967 seulement. En 1974, la ville décide de détruire une bonne partie du complexe, mais la grande halle de métal qui portera le nom de son architecte est classée. www.halle-tony-garnier.com

Toulouse

Les abattoirs de Toulouse, inaugurés en 1832, plusieurs fois agrandis, ferment en 1988 en raison de problèmes d’hygiène et de pollution de la Garonne. Fermés, mais très vite inscrits à l’inventaire des monuments historiques et très vite visés par un projet de regroupement de plusieurs lieux d’art contemporain. Les architectes choisissent de redécouvrir les bâtiments primaires. Une extension en sous-sol permet de conserver la nef et les travées, étonnantes cousines de la magnifique église toulousaine de Saint-Sernin. Le rideau de scène de Picasso (9 x 14 mètres), fierté des collections, et qui sera cet automne au cœur d’une importante exposition consacrée à l’artiste, a trouvé sa place dans un espace pensé spécialement pour lui. Les Abattoirs – Frac Midi-Pyrénées sont devenus un musée d’art moderne et contemporain, inauguré en 2000. www.lesabattoirs.org

Mons

Transformés en lieu d’exposition depuis 2006, les anciens Abattoirs ont belle façon avec leur cour centrale, et leurs constructions en briques. Mons est cette année Capitale européenne de la culture. Les anciens Abattoirs ont d’abord été le lieu de la carte de visite de la ville, en accueillant une vaste exposition sur toutes les personnalités dont la ville peut s’enorgueillir. Ils exposent maintenant des sculptures chinoises monumentales telles que quelques artistes contemporains les développent aujourd’hui. La grande halle, qui était le lieu d’abattage, 70 mètres sur 10 mètres, est spécialement propice pour ces formats. Le dispositif de suspension d’origine a été conservé dans un souci de mémoire du bâtiment, construit en 1854-1855. L’étable et le frigo ont également été adaptés aux nouvelles fonctions culturelles. L’Etable abrite une association dédiée aux arts appliqués tandis que le Frigo est un espace polyvalent. www.abattoirs.mons.be

Tortosa

A Madrid comme en Catalogne, plusieurs abattoirs ont été réaffectés en lieux culturels. A Tortosa, l’escorxador a fermé en 1997. Le Musée historique et archéologique de l’Ebre a été inauguré en 2012. Comme il s’agissait de parler du passé de la région, on ne pouvait qu’être attentifs à l’histoire dont étaient porteurs les bâtiments eux-mêmes. On a gardé les espaces d’abattage, les corrals, l’inspection des viandes, les écuries… Les abattoirs, gagnés en partie sur l’Ebre, ont été construits au début du XXe siècle dans une architecture Art Nouveau pétrie de références mauresques. La transformation n’aurait coûté que 3,5 millions d’euros. Une paille. www.museudetortosa.cat