Ceux que l'exposition de Thomas Hirschhorn au Centre culturel suisse de Paris a mis en colère devraient aller faire un tour à l'Hôtel Poussepin pour y voir les travaux de l'architecte Philippe Rahm. On y trouve des dispositifs utilisant le dernier cri de l'informatique et une netteté dans le traitement de l'ombre et des lumières qui pourraient être frappés de l'arbalète. Ironie mise à part, il s'agit d'une exposition passionnante.

Philippe Rahm fait partie de cette génération d'architectes qui accepte de tirer les conséquences pratiques de l'état technique du monde contemporain. Une grande partie de l'humanité vit dans des espaces artificiels qui ont des températures et des éclairages identiques d'un bout à l'autre de la planète et qui constituent une sorte de printemps diurne perpétuel – les aéroports, les centres commerciaux, les bureaux et, dans des proportions variables, les logements qui disposent du chauffage central ou de l'air conditionné. A ce continuum climatique dans lequel vivent les corps, s'ajoute un continuum visuel grâce aux images qui, comme sur cet écran installé au CCSP, permettent d'être (ou de voir) ce qui se passe sous l'œil d'une caméra en Australie tout en restant à Paris.

Un grand écran qui coupe l'une des salles d'exposition reconstitue, grâce à un logiciel, un cycle lumineux circadien. De gros projecteurs qui diffusent de la lumière froide simulent, dans la cour intérieure du centre, une journée ensoleillée du mois de mai. Tandis que la salle de spectacle est éclairée par les images de vieux films des années 1950. Le visiteur est ainsi confronté au décalage entre l'ambiance climatique et visuelle du moment de sa visite, et des instantanés climatiques et visuels construits artificiellement. A l'entrée de l'exposition, Philippe Rahm présente sur des écrans les projets d'architectes qui partagent les mêmes préoccupations.

Cet ensemble d'objets expérimentaux provoque la même émotion et les mêmes interrogations que certains objets purement esthétiques. Mais il s'agit d'objets prospectifs. Apparemment frivoles parce qu'ils semblent n'avoir pas d'application immédiate. Indispensable parce qu'ils préparent les esprits à affronter le monde qui vient.

Philippe Rahm. Architectures invisibles. Centre culturel suisse. 32-38, rue des Francs-Bourgeois, 75003 Paris. Rens.: 0033 1 4271 44 50 et http://www.ccsparis.com. Jusqu'au 15 mai. Avec une exposition de photographies de Joël Tettamanti sur des paysages urbains suisses. Jusqu'au 10 avril.