«Je crois qu'il est préférable d'abandonner la forme du catéchisme et d'intituler cette brochure: Manifeste communiste», écrit Engels à Marx en 1847. La fortune mondiale du pamphlet lui a largement donné raison! Texte inaugural, destiné à faire exister un groupe, à remédier à un désordre social, le manifeste est un genre très efficace mais peu étudié. Marcel Burger, qui enseigne l'analyse du discours et la pragmatique de la communication aux Universités de Genève et de Lausanne, en étudie un certain nombre dans un essai savant intitulé Les Manifestes: paroles de combat.

Troublé par une recrudescence du genre en France et en Suisse au cours des dernières années (ainsi le Manifeste du 21 janvier 1997 à propos des fonds juifs), Marcel Burger tente de dégager les lois qui le régissent, les hiérarchies dans son argumentation. Un tel texte doit être direct, n'hésite pas devant l'insulte ou l'appel au crime: «L'acte surréaliste le plus simple consiste, revolvers aux poings, à descendre dans la rue et à tirer au hasard, tant qu'on peut, dans la foule», fulmine André Breton dans le Second Manifeste du surréalisme, de 1930. Cette violence a irrité et charmé le chercheur qui étudie longuement le premier manifeste de Breton, daté de 1924. Un texte avant-gardiste, à visée politico-littéraire, dans la suite de Dada mais en rupture, dans sa radicalité, avec ceux du XIXe siècle, romantique ou symboliste.

Mais le manifeste est plus souvent un appel à caractère politique, ainsi celui dit «des 121», contre la torture en Algérie; social comme celui «de l'eau» en 1999, réclamant pour tous sur la planète le «droit à la vie». C'est un «texte de vérité» qui ignore les nuances et dont l'impact repose largement sur la notoriété de ceux qui le signent.

Les Manifestes: paroles de combat

de Marcel Burger. Delachaux et Niestlé, 352 p.