Genre: roman
Qui ? Benoît Damon
Titre: Trois Visites à Charenton
Chez qui ? Champ Vallon, 246 p.

Après un remarquable récit autobiographique, La Farine (1991), des proses poétiques et un récit autour de l’aphasie de son père, Le Cœur pincé, l’écrivain genevois Benoît Damon aborde le roman par le biais du vaste imaginaire de la guillotine. Partant d’un fait avéré, les visites, en 1822, du peintre Géricault à l’Hospice de Charenton, où l’artiste peignit dix portraits d’aliénés, l’auteur donne la parole à un de ces internés. Trois séances de pose, trois monologues: l’homme est enfermé là depuis dix ans, et il a un trop-plein de discours. Il dénonce une machination ourdie pour lui barrer «la voie royale». Est-ce délire d’un cerveau malade ou vraie persécution? En attendant un dénouement qui laissera planer le doute sur l’origine du personnage, se déploie un tableau de l’institution, de ses occupants, gardes, médecins et patients. La fin des Capet, les charrettes de condamnés à mort, le fonctionnement de la Veuve, l’engouement du public sont évoqués avec une force saisissante par ce Falstaff facond qui côtoya le marquis de Sade. Le prisonnier met en lien sa destinée troublée et l’Histoire qu’il a traversée. Au bout du compte, c’est un amer constat de l’échec des idéaux révolutionnaires, servi par une langue «d’époque» qui réussit pourtant à éviter l’écueil du roman «en costumes».