Aussi rare et précieux que ses films, Leos Carax a fini par débarquer à Locarno pour recevoir son Pardo d’onore assorti d’une rétrospective. Pour sa rencontre avec le public face à Olivier Père, le directeur artistique du festival, il s’est montré fidèle à sa légende: dégaine de clochard (chapeau mou, veste de cuir et pantalon râpé brun, barbe de trois jours et clope au bec), mais verbe exigeant.

Avec ses lunettes fumées et son ton un peu hésitant, tendance funèbre, il n’est pas sans rappeler un fameux devancier, l’esprit vif-argent en moins mais une certaine poésie rock en plus. Propos choisis.

«Parler cinéma, et en plein jour, c’est un vrai cauchemar pour moi. Le cinéma est une chose de la nuit, de l’obscurité.»

«On fait des films pour des morts mais aussi pour les montrer à des vivants.»

«Mon rapport à la beauté a changé avec le temps. Quand on est jeune, la quête de la beauté est un moteur essentiel. Mais à présent, j’essaie plutôt de la laisser venir, de la trouver là où d’autres ne la voient pas.»

«Le début d’un tournage est toujours le plus difficile, à jeter et à refaire plus tard. En fait, il faut s’efforcer d’échapper à sa préparation, laisser la vie et le hasard s’en mêler.»

«Ce qui m’inquiète aujourd’hui, c’est un certain manque de courage. Le courage baisse, aussi bien physique que civique et poétique. Il faudrait donner des cours de courage dans les écoles. Le virtuel, c’est le fantasme d’une vie sans expérience. Il n’aide pas à avoir du courage, c’est certain.»

«J’aime les machines, quand on peut voir le moteur. Or les nouvelles caméras sont des ordinateurs, plus des machines comme quand j’ai débuté. Un travelling de Murnau a un certain poids, et c’est comme si Dieu regardait. Je ne ressens pas ça devant une vidéo sur YouTube.»

«Denis Lavant a le même âge et la même taille que moi. Il peut tout faire. Ce n’est pas un ami, nous n’avons jamais dîné ensemble. Je ne le connais pas, mais il m’est devenu indispensable.»

«Dans mes films, il n’y a pas la peur du ridicule. C’est ça qui est ressenti comme grotesque et rejeté par beaucoup de gens.»

«De toute façon, même si j’avais pu, je n’aurais pas réalisé tant de films que ça. Je trouve très sain d’envisager chaque film comme si c’était le premier et le dernier.»