CARACTÈRES

Paroles de nomades

CHRONIQUE. De Samuel Brussell à Azouz Begag en passant par Herta Müller, des récits de vies marquées par l'exil

«Les humains ne se connaissent pas, ils ne se rendent pas compte combien ils se ressemblent.» C’était jeudi, au Salon du livre et de la presse à Genève, devant un coca et un café, dans l’un des restaurants du fond, avec nappe à carreaux. En écoutant Samuel Brussell, qui dévide la pelote de sa vie et de ses lectures comme on joue à saute-mouton, on se dit qu’il bat les chats à plate couture. Sept vies? L’écrivain en a vécu mille et mille autres l’attendent. Du kibboutz en Israël, où il est né, à Lausanne où il vit aujourd’hui, l’écrivain a déménagé souvent (Mes 52 déménagements, Ed. Yellow Now) et lu des livres. Il a été éditeur aussi et le reste à sa façon; dès qu’il lit un bon récit, il cherche à le faire publier chez des maisons amies. Baladin du monde occidental (et au-delà), il parle comme il écrit, par digressions rieuses.

Visages au cordeau

Son café à la main, Samuel Brussell raconte ses pérégrinations têtues en Engadine sur la trace des Walser, ces nomades des montagnes valaisannes qui se sont déployés en Italie, en France, en Autriche et au Liechtenstein, transbahutant de siècle en siècle leur langue et leur culture. «Avec leurs visages coupés au cordeau, les Walser ressemblent aux Berbères. Un ami de Casablanca m’a dit ce proverbe: «J’aurais aimé être moi-même et un autre comme moi». Dans les vastes migrations humaines, nous ne cessons de nous retrouver en l’autre, de devenir l’autre.» (Chez les Berbères et chez les Walser, La Baconnière.)

Herta Müller à Berlin

Autre rencontre, à Berlin cette fois, avec Herta Müller (lire en pages 36-37), enfant elle aussi de l’exil, de la Roumanie de Ceausescu à l’Allemagne. A l’occasion de la traduction en français d’un livre d’entretiens, Tous les chats sautent à leur façon (Gallimard), la Prix Nobel de littérature 2009 nous reçoit dans un restaurant où elle a ses habitudes, pour évoquer son enfance roumaine et la nécessité d’expliquer les raisons qui poussent des femmes et des hommes à devenir migrants.

L’exil toujours avec le Prix Kourouma 2018 remit vendredi, au Salon du livre, à Wilfried N’Sondé pour Un océan, deux mers, trois continents (Actes Sud) (lire en page 39). Un roman qui refait le parcours du prêtre bakongo Nsaku Ne Vunda qui, au début du XVIIe siècle, s’embarque malgré lui sur la route triangulaire de la traite des esclaves, du Congo au Brésil, avant de rejoindre l’Europe.

L’exil enfin avec Azouz Begag (lire en page 41), au Salon vendredi également, pour Mémoires au soleil, dédié à son père, arrivé d’Algérie en France dans les années 1950 et qui gardera sa vie durant le rêve d’un retour qui n’aura jamais lieu.

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