Pour ce qu’il renferme, qui appartient au patrimoine de l’humanité, le nouveau Musée de l’Acropole est l’affaire de tous. S’il fait l’orgueil de la Grèce, il fera aussi le bonheur de ses futurs visiteurs qui, pour 1 euro jusqu’à la fin de l’année et 5 euros dès le 1er janvier 2010, iront rendre hommage au peuple des statues antiques que l’architecte Bernard ­Tschumi a si bien su servir.

Au crépuscule, ils contempleront à travers ses vitrages le Parthénon en lumière se découper dans un ciel bleu profond. Ils se promèneront le long de la frise et accompagneront, comme en travelling, un cortège antique, cavaliers, soldats en armes, citoyens, musiciens, femmes, porteurs d’offrandes suivis d’animaux de sacrifice, se rendant vers l’Acropole à l’assemblée des dieux. Récit doublé d’un autre: celui d’une œuvre d’art brutalement démantelée, victime des outrages du temps et de ceux de lord Elgin.

Belle reconstitution

On peut, à choix, comprendre et partager l’indignation de la Grèce officielle et soutenir sa requête: la restitution des fragments manquants. Ou bien prendre acte de la marche de l’histoire, tout en la déplorant, et se féliciter de l’habileté de l’architecte, des archéologues et des spécialistes dont les savoirs conjugués ont permis une belle reconstitution. D’où cette question inépuisable qui, au-delà des frises du Parthénon, sous-tend tant de conflits contemporains. Réparer, améliorer l’histoire au prix d’un bras de fer, d’avance perdu, avec le temps? Ou s’aventurer en direction du futur en acceptant les nombreuses pertes qui jalonneront le chemin?

Le soir venu, art et savoir aidant, l’ordre se rétablit. La frise illuminée, visible depuis l’extérieur, se déroule à travers les vitrages sur lesquels se projette, par effet de miroir, la silhouette du Parthénon. Bernard Tschumi offre sa réponse: «L’architecture ne vise pas seulement à produire un objet esthétique et statique mais un mode de vie dans l’espace qui conjugue espace, action, événement.» Littéralement, un objet de réflexion digne de ce qui fait la grandeur de la civilisation grecque.