Genre: Pamphlet
Qui ? Pascal Boniface
Titre: Les Intellectuels faussaires
Le triomphe médiatique des experts en mensonge
Chez qui ? Jean-Claude Gawsewitch, 256 p.

Bernard-Henri Lévy et quelques autres lui ont taillé un costard d’antisémite, notamment à l’occasion de la publication de son livre Est-il permis de critiquer Israël?, en 2003. Pascal Boniface a encaissé les coups, même si BHL, selon lui, a presque réussi à lui faire perdre son poste de directeur de l’Institut des relations internationales et stratégiques (IRIS).

Sa réplique est tardive, mais cinglante. Comme ragaillardi par l’émergence des sociétés civiles à l’occasion du Printemps arabe, il a décidé de dénoncer les méthodes utilisées par certains ténors de la scène médiatique française. On pourrait lui reprocher de ressasser. Mais la gravité des attaques dont il a été victime justifie sa démarche. Notons qu’aucun grand éditeur n’a pris le risque de la cautionner.

A tort ou à raison, Pascal Boniface a choisi la forme, tombée un peu en désuétude, du pamphlet. Surprise: le distingué professeur, connu pour ses analyses géostratégiques nuancées, notamment sur le monde arabe et le monde musulman, excelle dans ce genre. Les amateurs de portraits au vitriol seront comblés par la seconde partie du livre. Alexandre Adler? «Un spécialiste des cinq continents et de toutes les thématiques.» Caroline Fourest? Une «sérial-menteuse», dont «le tour de passe-passe essayiste consiste à qualifier comme islamiste, c’est-à-dire comme danger social, tout musulman refusant de se démarquer explicitement de son appartenance religieuse».

Passons rapidement sur Philippe Val, ce «libertaire devenu Grand Inquisiteur» à la tête de Charlie Hebdo puis de France Inter, dont il a évincé plusieurs humoristes, et arrivons-en au morceau de résistance: Bernard-Henri Lévy bien sûr. Pascal Boniface lui a réservé le titre de «seigneur et maître des faussaires». «Il a créé le prototype et en a fait une référence.» Sa position de force dans le monde politico-éditorialo-médiatique lui permettrait, selon ­Boniface, non seulement de contredire avec un large écho ses ­adversaires, ce qui est son droit le plus strict, mais aussi de les faire taire. Boniface parle même de maccarthysme, lequel s’exerce aussi à l’encontre de juifs, notamment de journalistes, refusant de cautionner la politique israélienne.

La dénonciation de la mégalomanie et de la susceptibilité de BHL ne font pas un scoop. Pascal Boniface l’accuse surtout de n’être en aucun cas porteur des valeurs universelles dont il se prévaut, mais d’un communautarisme étroit, guidant sa lutte contre le «fascislamisme» et pour le droit d’ingérence héritée du courant néo-conservateur américain, ainsi que son soutien inconditionnel de la politique israélienne. Serait antisémite toute personne se permettant de la critiquer. Toute personne même se permettant de le critiquer lui-même. Boniface n’en a plus peur.