Musique

Pascal Contet: «L’intérêt pour l’accordéon a explosé avec les métissages musicaux»

L’accordéoniste français vient donner un programme festif au concert de Noël de l’Orchestre de chambre de Genève. Rencontre

Sur un coin de table, sans chichis, Pascal Contet aime discuter en liberté. L’accordéoniste arrive à Genève avec un programme qui va remuer. Pour son concert de Noël, l’OCG affiche avec lui une «Fiesta latina» alléchante. On s’en doute, le tango y régnera en majesté.

La dernière apparition genevoise du musicien date de 2008. Il était venu présenter à l’OSR «Lévitation» de Peter Eötvös. Depuis, le Français a continué à parcourir tous les univers musicaux, comme à son habitude, avec curiosité, appétit et... frénésie.

Une cinquantaine d’enregistrements et près trois cents œuvres et créations, un nombre incalculable de spectacles et concerts en tous genres, enseignement, émissions radiophoniques, expositions de sa collection de 100 accordéons, un label personnel, des groupes: l’homme ne s’économise pas. A tel point qu’il se ressource régulièrement dans sa maison de campagne et aime retrouver un peu de silence et de calme dans les églises quand la stridence des villes se fait trop insistante. Pour le repos des oreilles et de l’esprit.

De la musique contemporaine pratiquée avec les plus grands depuis plus de vingt ans (Boulez, Berio, Kagel, Gubaïdulina, Fedele, Mantovani…) aux projets transversaux avec danse, théâtre, lectures, cinéma ou arts visuels, le compositeur-performer passe de l’improvisation (avec la contrebassiste Joëlle Léandre notamment) au classique (Salonen, Roth, Mälkki, Casadesus…), et du jazz aux styles les plus variés. On le retrouve encore soliste et permanent des ensembles 2E2M et Ars Nova... Pascal Contet explore tout, bretelles au vent.

Le grand libérateur de l’instrument à boutons ne met pas de limites à son désir d’ouverture musicale. Et l’accordéon le lui rend bien, qui a trouvé sous ses doigts un souffle nouveau.

Le Temps: Comment est né «Fiesta latina», que vous venez présenter avec l’OCG?

Pascal Contet: A l’origine, l’Orchestre philharmonique de Strasbourg m’avait invité pour son concert de l’An. Il existait déjà un mouvement de la «Suite Valentino» de Christophe Julien. Nous avons complété ce morceau initial de deux parties supplémentaires. Puis j’ai demandé à trois compositeurs argentins qui vivent à Paris de réaliser chacun un travail en lien avec la musique de leur pays et d’Amérique latine. Tomas Bordalejo a conçu l’arrangement de «Volver» de Carlos Gardel, et Fernando Fiszbein ceux de «Libertango» de Piazzola, «La Viruta» de Vicente Greco et «Mambo 5» de Damaso Perez Prado. De son côté la guitariste Graciela Pueyo a créé «Strasmedianoche» pour accordéon et orchestre. Et plutôt que de venir avec un programme clés en main, j’ai proposé sur cette base quelque chose de plus à l’OCG. Ce sera une surprise…

– Pourquoi l’accordéon occupe-t-il une telle place dans votre vie?

– Parce qu’il me vient de l’enfance. Ma tante en jouait et c’est l’instrument qui m’a accompagné depuis mon âge le plus tendre. Chez nous, le bal musette et la chanson populaire tenaient une place importante. Et comme tout adolescent, puis jeune adulte, j’ai voulu sortir des ornières, m'ouvrir sur d’autres mondes et expérimenter de nouvelles voies. Ça a été pour moi une émancipation excitante de montrer que l’accordéon pouvait être autre chose et que ses potentiels étaient infinis. Je suis plus que tout motivé par la créativité.

– Avec Richard Galliano, vous êtes deux figures centrales de l’accordéon. Y a-t-il eu de la concurrence entre vous?

– Non. Il évolue majoritairement dans l’univers du jazz. J’étais de mon côté très tourné sur le contemporain et les arts parallèles. Puis, avec l’âge, une forme de retour aux sources s’est dessinée pour moi, avec des interventions que je dirais plus arrondies, moins extrêmes.

– Comme le classique?

– Notamment. Et tout ce qui peut rassembler les expressions. Cela répond à une nécessité et une évidence de plus en plus profondes chez moi. Pourquoi le tango serait-il exclusivement réservé au bandonéon? Pourquoi ne pourrait-on pas tout jouer à l’accordéon?

– Les jeunes y viennent davantage?

– Incontestablement. L’intérêt pour l’instrument a explosé avec les métissages musicaux. Il n’y a plus qu’à convaincre encore plus le public...


Victoria Hall, mardi 6 décembre à 20h. Renseignements: 022 807 17 90, www.locg.ch

Publicité