L'exposition de Thomas Hirschhorn a donné lieu, mardi après-midi, à un jeu de rôle bien réglé, de l'ambassade de Suisse au Centre culturel suisse de Paris. Mission des joueurs: désamorcer un scandale. Personnages: Pascal Couchepin, Michel Ritter, Thomas Hirschhorn, un metteur en scène de théâtre (Gwenaël Morin) et une foule de journalistes, de cameramen et de photographes venus pour assister à deux conférences de presse.

La première scène a lieu à l'ambassade. Pascal Couchepin revient du Ministère français de la culture où il a signé un accord sur les coproductions cinématographiques franco-suisses. D'autres questions bilatérales ont été abordées: la Convention sur la diversité culturelle de l'Unesco, l'avenir de TV5, et l'invitation lancée au ministre français pour le Salon du Livre de l'année prochaine. Pascal Couchepin réveille les journalistes en leur annonçant qu'il n'a aucune déclaration préalable à faire sur le scandale provoqué par l'exposition de Thomas Hirschhorn.

Un journaliste: «Que pensez-vous de la décision prise par le Conseil des Etats?» Pascal Couchepin: «Je respecte la décision du parlement car il est souverain en matière de budget. J'ai été surpris. Il n'est pas bon qu'une telle décision soit prise de manière précipitée. J'espère qu'elle ne sera pas définitive. Je suis un ministre libéral. Il ne faut pas que le ministre se transforme en commissaire politique. J'espère qu'on ne contrôlera jamais le contenu des œuvres suisses exposées à l'étranger.» Mais il ajoute: «Peut-être faudra-t-il dire aux artistes de ne pas être imprudents et veiller à ce que la promotion de la culture ne soit pas rejetée par l'opinion.»

La deuxième scène se passe dans le décor monté par Thomas Hirschhorn au CCS. La salle est comble. Il n'y a jamais eu autant de journalistes au Centre depuis sa création. Michel Ritter, le directeur, commence: «Cette exposition fait partie du projet du CCS de présenter en France d'importantes personnalités artistiques suisses. Thomas Hirschhorn est l'une d'entre elles.» Il continue: «Les réactions de la presse et de l'opinion se sont focalisées sur deux minuscules détails d'une énorme manifestation.» Il évoque les traditions de carnaval. Et il passe à l'audimat: environ 2000 visiteurs en trois jours d'ouverture, record battu.

Viennent ensuite les artistes. Thomas Hirschhorn, véhément et cohérent, conscient de son art et de son impact. Et le metteur en scène de la pièce de théâtre. Un journaliste: «Avez-vous l'intention de supprimer le passage qui fait scandale?» L'homme de théâtre: «Venez au spectacle, vous verrez!» Michel Ritter: «Si on la retire maintenant, ce sera pire; mais chacun devrait venir se faire sa propre opinion.» L'homme de théâtre: «C'est du théâtre où la parole se constitue au présent, pas une pièce à conviction pour un débat démagogique.» On a compris, il faut voir. Le jeu de rôle continue.