Lundi, la soirée d'ouverture de Visions du réel, agencée en une succession de discours et de courts métrages, a connu quelques houles. Quand ce fut le tour de Pascal Couchepin, celui-ci a largement improvisé, citant Jean Vilar et André Maurois pour déclarer qu'il souhaitait «un cinéma élitaire pour tous».

Puis le conseiller fédéral a brodé sur les films qui avaient précédé sa montée sur l'estrade. A propos de celui du Cambodgien Rithy Panh sur un jeune père estropié par une mine antipersonnel, il a jugé qu'à côté de cela les défauts de la télévision berlusconienne - auxquels avait fait allusion Jean Perret, le directeur du festival - n'étaient que «péché véniel».

A propos du film d'Avi Mograbi, il a défendu le sang-froid des jeunes soldats israéliens que l'on voyait se faire vertement tancer par le cinéaste. Murmures dans la salle et le ministre, pensant visiblement qu'il ne s'agissait que d'une réaction de désaccord politique, s'est félicité de contribuer à lancer le débat, vantant encore la maturité de ces militaires. Il est ainsi retourné à sa place hué et sifflé par une bonne partie du public. Poliment applaudi aussi.

En fait, le film et son réalisateur israélien n'avaient pas fait l'objet d'une présentation. Et Pascal Couchepin n'avait visiblement pas été aussi sensible que la majorité du public à la première minute - ce qu'un téléphone à son porte-parole nous a confirmé. Des écoliers y attendent sous le soleil du désert que les soldats ouvrent la grille qui leur permettra de traverser la frontière. Et les soldats refusent de préciser quand cela sera possible.

Le lendemain, les discussions allaient encore bon train à Nyon. Au-delà du malentendu sur le film d'Avi Mograbi, et des différences d'appréciation sur les talents polémistes du ministre, plusieurs voix, comme celle d'Ivo Kummer, directeur des Journées cinématographiques de Soleure, regrettaient de ne pas avoir eu droit à un discours plus politique sur le cinéma en Suisse, voire sur le sondage présenté mardi par la section cinéma (lire ci-dessus).