Lausanne, jeudi, 9h du matin. Voilà 22 heures que l’on connaît le nom du nouveau patron de la RTS. A la réception de la maison de la radio, la téléphoniste semble rassurée: «Si ça avait été un externe, ça aurait été terrible. Lui, il nous connaît, il sait nous rassembler, il connaît les problématiques actuelles… C’est bien… oui c’est bien…». L’homme dont elle parle, c’est Pascal Crittin, habitué de la RTS depuis 15 ans, acteur de l’alliance radio et télévision en 2010, directeur du département «affaires générales» et désormais successeur de Gilles Marchand à la tête de la «grande maison».

Si la réceptionniste est apaisée, c’est parce que le contexte dans lequel baigne l’institution est hanté par les obscures perspectives que dessinent l’initiative «No Billag» et son contre-projet tout aussi menaçant pour le service public. Les 1900 employés de la Radio Télévision Suisse tremblent et la nomination de Pascal Crittin, inscrite dans la totale continuité de Gilles Marchand fait autant jaser les esprits acérés qu’elle apaise les âmes anxieuses.

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«C’est la première fois à ma connaissance que la foule a applaudi un nouveau directeur», se souvient un collaborateur qui a assisté à la présentation du nominé, mercredi à Genève. «C’est le choix de la raison et bien que Pascal Crittin soit le poulain de Gilles Marchand, ce qui n’annonce aucune révolution, nous sommes nombreux à avoir confiance en lui.»

La «perle rare» élue dans le plus grand secret

Le processus qui a mené à l’élection de la «perle rare» s’est déroulé dans le plus grand secret, chose rare à la RTS où les bruits de couloir vont, paraît-il, bon train. Le nom du ou de la second(e) candidat(e) en lice lors du dernier écrémage demeure inconnu. En conférence de presse, mercredi, Jean-François Roth, président de la RTSR, a salué un candidat brillant et élu «pour ses compétences managériales, ses visions digitales et son aptitude à nager dans un climat politique particulièrement relevé». Une description qui contraste avec celles, entendues dans les couloirs de la maison faisant état d’un «homme dont le charisme n’a pas été prouvé, qui s’apparenterait plutôt à un bon exécutant» et qui «ne présente pas d’expérience à la tête d’une si grande entreprise sur son CV.»

Je pense que Pascal a le cuir assez épais pour tenir le coup face aux attaques qu’il risque d’endurer

Le metteur en scène François Marin

Son CV? Tout le monde s’accorde à le qualifier d’atypique. Né à Saint-Maurice, scolarisé parmi les chanoines du collège de la cité valaisanne, aspirant à un avenir d’archéologue, Pascal Crittin a choisi une filière latin-grec. Ce choix l’a surtout mené à s’asseoir dans une classe de six élèves et à partager les bancs avec l’écrivain Jérôme Meizoz, l’expert en terrorisme Jean-Paul Rouiller, le commandant de la police neuchâteloise Pascal Luthi et le metteur en scène François Marin.

Il suffit d’évoquer le nom du nouveau directeur de la RTS à l’oreille de ce dernier pour entendre un éclat de rire. «Pascal? C’était un farceur, on a fait les 400 coups ensemble!» se souvient-il. Il évoque le journal satirique «Le Petit Déconneur Illustré» que tous deux concevaient le soir à l’abri des regards et distribuaient en douce dans la cour du collège. «On avait un esprit potache que les professeurs appréciaient bien, au final.» La carrière professionnelle de son compère d’adolescence ne l’étonne pas: «Je pense que Pascal a le cuir assez épais pour tenir le coup face aux attaques qu’il risque d’endurer», estime le metteur en scène. «Je m’inquiète en revanche pour sa passion musicale. Pour lui, c’est vraiment une soupape. Son nouveau métier risque de l’en priver.»

Pascal Crittin y a bien sûr pensé. «En déposant ma candidature en novembre, j’ai réalisé que j’allais provoquer un tournant dans ma vie, explique-t-il dans son bureau lausannois. Au fond, l’idée de faire moins de musique a été compensée par ma motivation à mener le combat pour le service public.» Profondément animé par ces «valeurs de média et de service public», il a compris qu’il avait le devoir d’endosser le rôle d’acteur plutôt que de spectateur.

Trouver le bon tempo

A 48 ans, Pascal Crittin a consacré plus de la moitié de son existence à la musique. Peu nombreux sont les directeurs d’entreprise à pouvoir se vanter d’être l’auteur d’un Mémoire de licence intitulé: «Le tempo dans la musique baroque française.». Et d’avoir dirigé pendant 7 ans un chœur de femmes à Martigny. Inès Matas, ancienne choriste, est encore sous le charme: «Il a réussi à instaurer une dynamique exceptionnelle en alliant rigueur et bonne humeur.» Elle ajoute: «on ne dirait pas, mais malgré les apparences austères, il a un humour très fin. Et ses compétences musicales sont à tomber.»

Ces expériences de chef de chœur ont permis à celui qui entrera en fonction au 1er mai, d’échafauder ses compétences managériales, c’est lui qui le dit, mais aussi de réaliser la diversité culturelle présente en Suisse romande: «Être Suisse romand, c’est présenter une identité particulière qu’il est nécessaire de valoriser. Je suis d’ailleurs certain que la RTS joue un rôle prépondérant dans cette identité commune.»

Un plan de carrière? Pascal Crittin n’en a jamais esquissé. Au fait, s’il est arrivé à ce poste, c’est grâce à une série de ricochets. Chopin que sa mère écoutait à la maison l’a mené à la musique et Gilles Marchand, dans l’ombre duquel il marche depuis 15 ans, l’a conduit à la tête de la RTS.

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Profil

4 novembre 1968 naissance à Saint-Maurice en Valais

Depuis 1996 directeur de l’Ensemble vocal de Saint-Maurice

2002 à 2008 directeur d’Espace 2

2009 à 2017 directeur des affaires générales de la RTS

5 avril 2017 nomination en tant que directeur de la RTS

1er mai 2017 entrée en fonction