Avec L’Amour la mer, Pascal Quignard reprend les obsessions qui traversent son œuvre pour les porter à un haut degré d’incandescence. Il revient à la forme du roman et c’est un enchantement. Autour de 1650, dans une Europe du Nord dévastée par les guerres de pouvoir et de religion, les frondes, le brigandage, les viols, les épidémies, des musiciens vont, d’un mécène à un prince, d’un poste d’organiste à une charge d’enseignement. On connaît ces solitaires depuis Tous les matins du monde (Gallimard, 1991) où paraissaient déjà Sainte-Colombe et Marin Marais. A l’amour et à la mer se lient la musique et la mort. Ces quatre thèmes s’enroulent les uns aux autres pour composer une œuvre elle-même musicale, avec ses ruptures de rythme, son phrasé si typique, ses énumérations, ses archaïsmes. Elle entraîne dans le flux d’une narration rêveuse qui s’insinue dans les pensées des personnages – fluctuant du passé au présent jusqu’au sein de la phrase.