Berne saisit sa chance au vol. Le Musée d'Israël à Jérusalem prête l'Angelus novus, un des tableaux les plus connus de Klee, au Centre Paul Klee. Il y sera montré sans interruption depuis ce samedi dès 10 heures, jusqu'au mercredi 4 juin à minuit. Cette présence s'inscrit dans le cadre plus large d'une exposition intitulée «Le paradis perdu-Le regard de l'ange»qui s'ouvre samedi et se prolongera jusqu'au 26 octobre.

Parallèlement, une autre exposition, «Paul Klee au jardin des merveilles», est proposée depuis la mi-mai jusqu'au 31 août. A l'occasion de la venue exceptionnelle de l'Angelus novus, le centre et ses espaces extérieurs seront ouverts 24 heures sur 24. Chaque nuit, lectures, conférences et improvisations musicales accompagneront les déambulations du visiteur.

De Munich à Jérusalem

Pourquoi une telle légende autour d'une toile? L'ange doit sa renommée principalement à Walter Benjamin, son premier acquéreur, explique Juri Steiner, le directeur du centre. Dans ses Thèses sur la philosophie de l'histoire,le philosophe et critique littéraire allemand Walter Benjamin voit dans l'Angelus novus un «ange de l'histoire» qui, du haut du paradis, jette un regard effrayé sur les catastrophes du monde tandis que la tempête de l'avenir l'emporte malgré lui. Juri Steiner ajoute que la figure de l'ange, par ailleurs très populaire auprès du public, est fréquente chez Paul Klee. Plusieurs œuvres l'annoncent, de différents points de vue: un portrait d'enfant, quelques autoportraits aux yeux fermés, au regard tourné vers l'intérieur... L'Angelus novus condenserait ainsi à lui seul tous les anges de Klee et exprimerait la profondeur de sa poésie.

De Munich à Jérusalem, Juri Steiner raconte les pérégrinations de l'ange. Cette aquarelle peinte par Paul Klee en 1920 fut acquise à Munich en 1921 par Walter Benjamin. En juin 1940, Benjamin, qui était juif et fuyait le nazisme, quitta Paris en laissant deux valises de documents, dontl'Angelus novus, à l'écrivain Georges Bataille, avec des instructions précises quant au sort du tableau. Georges Bataille les cacha d'abord à la Bibliothèque nationale où il travaillait. Après la mort de Benjamin, Bataille garda le tableau chez lui, puis il l'adressa à la fin de la guerre au philosophe et musicien Theodor Adorno. Celui-ci le remit alors à Gershom Scholem, grand spécialiste de la kabbale et proche ami juif de Benjamin qui avait d'ailleurs assisté à l'achat du tableau lors d'un séjour de Benjamin à Munich. Au décès de Scholem, qui résidait à Jérusalem depuis 1923, le tableau fut donné au Musée d'Israël.

Cinq jours pour montrer un tableau, c'est un peu court. La grande fragilité des couleurs interdisait une exposition plus longue, justifie Juri Steiner. A Jérusalem même, l'œuvre n'est pas exposée en permanence. Pour compenser la brièveté de son séjour en Suisse, il a donc été décidé que l'Angelus novus serait montré jour et nuit...

A Berne, l'ange ne fera pas que passer. Il laissera une trace: une photo de l'Angelus novus en situation restera aux murs comme une preuve de sa présence. Ainsi, l'ange continuera d'imprégner les lieux par son aura.

«Angelus novus», 5 jours et 5 nuits avec Paul Klee. Du 31 mai au 4 juin 2008, Zentrum Paul Klee. Monument in Fruchtland 3, Berne.

Programme nocturne spécial chaque nuit de 22h à 2h ou de 23h à 4h (Rens. http://www.zpk.org; tél. 031/359 01 01)).