Musique

Passages multiples au festival Archipel

Le rendez-vous genevois de musique contemporaine annonce une saison de mutations et de collaborations

Surréaliste. La présentation d’Archipel sous les dorures, les lustres en cristal et un médaillon célébrant la «Musique joyeuse» au Grand Théâtre, voilà qui a quelque chose d’insolite. Mais, pour tout dire, de rassurant. Cela veut dire que les collaborations s’installent vraiment.

Souhaités depuis l’origine par Philippe Albèra, initiateur du mouvement contemporain à Genève dans les années 1980, les partenariats entre institutions locales prennent aujourd’hui leur envol. Grâce à des interlocuteurs plus inspirés par une politique culturelle participative et à des responsables plus soucieux de croisements féconds. Tout le monde a finalement compris que l’union fait la force.

La multiplication des pains

Archipel multiplie donc ses îles. L’Opéra, les HEM ou l’Orchestre de la Suisse romande rejoignent le Lemanic Modern Ensemble, le conservatoire, l’ensemble Contrechamps, la HEAD, l’université, la radio, sans parler des collaborations externes… Les partenaires se multiplient comme des petits pains. Pour la 29e saison, qui se profile du 26 mars au 4 avril, le festival genevois de musique contemporaine célèbre «le passage».

Passage de témoin d’abord, avec le départ l’an prochain de Marc Texier, qui mène depuis quatorze ans le rendez-vous printanier. Il passe le relais en douceur à un binôme directionnel. Avant d’ouvrir la prochaine décennie, Marie Jeanson et Denis Schuler sont invités à une journée carte blanche prometteuse intitulée «Ma rencontre avec le futur». Entre midi et minuit, le duo aura l’occasion de donner une idée de la prochaine ligne d’Archipel – savoureuse, avec deux repas publics et une machine à pâtes, et découvreuse, avec quatre concerts répartis dans la journée.

Coup de projecteur

En ce qui concerne les collaborations classiques, deux créations mondiales apparaîtront sur les scènes traditionnelles. Art of Metal III ouvrira le festival au Victoria Hall. Le compositeur Yann Robin, invité en résidence à l’OSR cette saison, y déclinera la suite d’un cycle avec une pièce pour clarinette contrebasse métal, ensemble et électronique. La partie lyrique se déroulera au Grand Théâtre avec Voyage vers l’espoir. L’opéra, signé Christian Jost, est tiré du film éponyme de Xavier Koller, seule production suisse oscarisée en 1991. Ici, le coup de projecteur pointe le passage des Alpes.

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Pour celui des peuples, c’est Coro de Luciano Berio, œuvre-monde qui croise les expressions musicales dans un métissage décomplexé d’expressions. Du côté du passage technologique, il s’illustrera notamment dans Mikrophonie I de Stockhausen, alors que le passage du savoir sera défendu par Brian Ferneyhough. Le compositeur et enseignant britannique interviendra dans une académie d’orchestre et donnera une journée d’analyse et de conférence aux élèves de la HEM et de l’université.

Quant au passage des arts, il se fera à travers des ouvrages et des artistes qui convoquent notamment la technologie médicale avec son imagerie sonore, la diffusion retravaillée des sons interdits en ville ou des musiques spatiales héritées d’Adrien Willaert ou de Giovanni Gabrieli au XVIe siècle, avant Luigi Nono au XXe et leurs successeurs aujourd’hui.

Autant de voies, de chemins ou de directions à emprunter en toute liberté entre six lieux d’exploration musicale, artistique ou humaine. Sans passage à vide.


Festival Archipel, du 26 mars au 6 avril. www.archipel.org

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