La collection privée d'art contemporain de Friedrich-Christian Flick est-elle bienvenue en Suisse? C'est la question que se posent les Zurichois depuis le début de la polémique concernant le passé de la famille du collectionneur. Jusqu'à ce week-end, les milieux culturels et la ville de Zu-rich étaient plutôt enthousiastes face au projet de Friedrich-Christian Flick. Propriétaire d'une des plus importantes collections d'art contemporain au monde, le milliardaire veut construire, aux frais de sa fondation, un musée dans le quartier industriel. Destinée à abriter les œuvres les plus significatives de la collection, qui en contient plus de deux mille, l'institution devrait ouvrir ses portes en 2004.

Seulement voilà, Friedrich-Christian Flick est le petit fils de Friedrich Flick, condamné à sept ans de prison par le Tribunal de Nuremberg pour sa participation active à la machine de guerre nazie. Les Flick ont en effet bâti leur fortune grâce à la construction d'armes durant le IIIe Reich et aux rapports «amicaux» entretenus avec les plus hauts dirigeants du régime. En 1944, près de la moitié des employés de l'entreprise Flick sont des travailleurs forcés et des prisonniers de guerre. Sorti de prison en 1950, le patriarche a toujours refusé de payer les indemnités dues aux anciens travailleurs forcés, prévues par un accord entre l'Allemagne et les Alliés.

«Honteux»

A 56 ans, Friedrich-Christian Flick n'a pas connu la guerre, il n'est donc en aucun cas responsable des actes de son grand-père. Il a quitté les affaires familiales dès les années 60, s'est déclaré «honteux» face au passé des Flick et vit depuis 30 ans en Suisse, entouré de ses amis artistes. De plus, sa collection n'est constituée que d'achats récents, principalement effectués depuis les années 80.

Pourtant, à la fin du mois de février, la Süddeutsche Zeitung révélait que plusieurs années après la mort du patriarche – les usines Flick vendues et l'argent réparti entre ses descendants, la famille n'avait toujours rien entrepris en faveur de ses victimes. Du coup, relayés la semaine dernière par l'hebdomadaire Wochenzeitung, des acteurs de la Zurich culturelle se sont indignés. Parmi eux, le directeur du Schauspielhaus, Christoph Marthaler, qui considère la Flick-Collection comme indésirable en Suisse tant que la famille n'aura pas réglé sa dette envers les victimes du nazisme. Interrogé ce week-end par le Tages-Anzeiger, Josef Estermann, président de la Ville, rappelle qu'il ne peut intervenir dans la construction d'un musée privé et qu'il n'a qu'une connaissance succincte du projet. Il n'a d'ailleurs eu avec Friedrich-Christian Flick qu'un seul contact téléphonique.

Des sources proches du maire nous ont pourtant signalé qu'un contact avait été pris hier avec le secrétariat du collectionneur, afin de convenir d'un rendez-vous avec Josef Estermann. Tout en soulignant l'importance du musée pour Zurich et la Suisse, Joseph Estermann devrait, lors de cet entretien, signaler à Friedrich-Christian Flick les préoccupations de la Ville en ce qui concerne la responsabilité morale de sa famille.