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Passenger, né Michael Rosenberg, s’est exilé aux Etats-Unis pour tourner l’intégrale des clips vidéo de son nouvel album, «Runaway».
© Jarrad Seng

Musique

Passenger: prochain arrêt, l’Amérique

Prolifique, l’auteur du tube «Let her go» dévoilait vendredi son dixième album, qui emprunte beaucoup aux paysages états-uniens et à l’americana. A défaut de se réinventer, la pop-folk du Britannique reste une balade apaisante et rêveuse

Passenger, c’est d’abord un timbre de voix. Un peu nasillard, un peu voilé, frêle et ingénu comme la confidence d’un adolescent. De ceux qu’on reconnaîtrait entre mille, qui plaît ou horripile. Passenger, c’est aussi ce style acoustique, guitare sèche et mélodies dépouillées, une pop-folk de feu de camp qui sent bon le marshmallow grillé.

Cette formule imparable, le chanteur anglais, qui bourlinguait avec son groupe depuis ses 16 ans, la dégaine réellement en 2012 et en solo sur Let her go, gentille ballade évoquant le regret amoureux. Qui se muera rapidement en tube international, prenant la tête des charts dans une vingtaine de pays et accumulant plus de deux milliards de vues sur YouTube. L’album qui suivra, All the little lights, sera certifié disque d’or en Suisse et platine loin à la ronde.

Depuis ce premier triomphe, Passenger, né Michael Rosenberg, n’a pas chômé, écrivant, composant et produisant lui-même quatre albums, un par an. Une avalanche de refrains paisibles et mélancoliques, plus ou moins calibrés pour les ondes, qui, à défaut d’audace, respirent le naturel et la simplicité. Et tranchent avec la fougue qui s’empare de ce showman dès qu’il investit la scène.

Detroit et Yellowstone

Autant le dire tout de suite: Runaway, son dernier-né dévoilé vendredi, ne sort pas vraiment des sentiers battus. Mais il pousse la route un peu plus loin, jusqu’aux Etats-Unis, lieu de pèlerinage et d’inspiration pour l’artiste. En juin dernier, Passenger en révélait les premiers reflets au Caribana Festival: l’occasion, quelques heures avant le show et sous un soleil de plomb, de rencontrer ce trentenaire à la barbe faussement broussailleuse, à la décontraction sympathique et aux envies d’outre-Atlantique.

«Je n’ai pas demandé à tout le monde au studio d’arborer un chapeau, des tatouages à la Johnny Cash et un épi dans la bouche, précise en souriant le natif de Brighton. L’Amérique n’était pas une idée fixe, plutôt un thème récurrent qui s’est révélé quand j’ai réécouté les morceaux.» La cité dépeuplée de Detroit, les beautés du parc de Yellowstone, les références à la géographie états-unienne sont bel et bien omniprésentes, racontées avec le flegme poétique qui caractérise l’artiste. Voire mêlées à son histoire familiale comme dans To be free, hommage sentimental et épuré à ses grands-parents juifs exilés aux Etats-Unis pendant la Seconde Guerre mondiale.

Les sonorités de l’album font elles aussi la traversée. Si le Britannique avait déjà flirté avec l’americana, il empoigne cette fois-ci le banjo, la mandoline et la steel guitar plus franchement encore, dessinant un paysage musical de champs de maïs, de porches poussiéreux et de routes sans fin.

En pleine forêt

C’est d’ailleurs dans ces grands espaces que Passenger a voulu s’immerger pour filmer tous les clips de Runaway. Trois semaines et demie de road trip plus tard, il reviendra avec une vingtaine de vidéos, dont plusieurs enregistrements acoustiques, tournés à la jetée de Santa Monica comme au désert rougeoyant de Monument Valley. Passenger se souvient en particulier d’une session au beau milieu de la forêt de Redwood, en Californie. «Nous étions là tôt le matin, au pied de ces vieux arbres immenses, le silence interrompu par quelques pics-verts. C’était magique. Un peu comme dans Avatar, avec moins de trucs bleus autour.»

Y a-t-il, au milieu de ces évasions prolifiques, un tube en devenir? Le premier single de l’album, Hell or High Water, a en tout cas la mélodie contagieuse et la nostalgie amoureuse de Let her go. «Je les ai écrites dans une même période de rupture, note Passenger. Ce moment où tu prends un peu de distance pour te demander qu’est-ce qui a bien pu se passer. Ce sont deux ballades puissantes au message universel.»

Mais Passenger, qui retourne parfois jouer dans la rue pour ne pas perdre le sens des réalités, ne cherche pas le buzz pour autant. «On a eu un hit, c’est super, mais si ça ne se reproduit pas, ce n’est pas synonyme d’échec. Aujourd’hui, la radio mainstream et Spotify visent un son qui n’est pas le mien: ma musique ne fusera plus au sommet des classements. Elle empruntera plutôt des chemins de traverse, grandira progressivement.»

Quête d’équilibre

Pas question donc de renoncer à ce qui fait sa patte, au risque de lasser. «Il y a ceux qui te disent: va écrire à Nashville, fais ci, fais ça… Je ne veux pas suivre ces tendances. Et d’ailleurs, j’en serais incapable!»

A 34 ans, Passenger n’a pas envie de courir après la cash machine, ni après la vie, tout bien réfléchi. «Pendant des années, j’ai enchaîné les auberges et les hôtels, ce qui est cool quand tu as 20 ans. Mais récemment, j’ai eu besoin de m’ancrer quelque part. Ma copine et moi avons emménagé dans une charmante maison, avec chat, et pour la première fois, j’ai l’impression d’avoir trouvé ma place.» Une quête de ses racines et d’équilibre qu’on retrouve en filigrane sur l’album, et notamment dans Runaway, titre rafraîchissant par son attaque de cuivres type mariachi: «Les trains fous ne trouvent jamais la paix/Ils roulent au loin jusqu’à l’arrêt des machines.»

De ce voyage à l’Ouest, Passenger tire un album intime et cohérent, dont on regrette tout de même l’absence de grain de folie, pourtant synonyme d’american dream. Mais ne parlons pas trop vite: l’artiste a récemment évoqué une collaboration prochaine avec le DJ star Kygo. On ne demande qu’à être surpris.


Passenger, «Runaway» (Black Crow Records). En concert au Volkshaus de Zurich, lundi 17 septembre.

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