Détention

Où sont passés les djihadistes suisses?

L’offensive turque a obligé les forces kurdes à déplacer les détenus les plus dangereux. Le sort exact de trois Suisses demeure inconnu

Trois Suisses au moins sont emprisonnés par l’administration kurde pour leur affiliation supposée avec l’Etat islamique (EI). Le DFAE les nomme les «touristes du djihad» et se refuse à demander leur extradition vers la Suisse, alors même que les autorités kurdes, en manque de moyens pour les garder en prison longtemps et dans l’incapacité de les juger, réclament que ces djihadistes retournent dans les pays dont ils sont les ressortissants.

Les trois Suisses, Abu Ilias al-Swisri, Aïdin et Damien G., étaient, jusqu’à il y a peu, incarcérés dans le nord du Kurdistan syrien, à l’intérieur de cette bande de 30 km le long de la frontière que la Turquie veut envahir. L’incursion turque en Syrie, le 9 octobre, a chamboulé le système carcéral mis en place par l’administration locale kurde. Les détenus ont été déplacés et éloignés de la frontière. La trace des détenus suisses se perd depuis lors.

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«Une prison ciblée par l’armée turque»

Un bombardement turc sur la prison de Jirkine (à l’ouest de Qamichli) le 11 octobre, soit deux jours après le début de l’offensive, a permis à cinq détenus dangereux de s’évader. Parmi eux se trouvaient deux djihadistes français et un Belge, selon l’un des responsables de la sécurité kurde: «La prison de Jirkine qui abritait les djihadistes les plus dangereux a été délibérément prise pour cible par l’armée turque. En comprenant que l’un des buts de la Turquie était de libérer les djihadistes, nous avons décidé de déplacer tous les détenus vers le sud et notamment à Hassaké, afin de mieux assurer leur protection.»

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Selon Abdul Karim Omer, responsable des relations extérieures de l’administration kurde, il y a en tout 12 500 djihadistes incarcérés, dont 2500 à 3000 ressortissants d’autres pays que la Syrie et l’Irak. Environ 10 000 prisonniers sont désormais répartis sur deux sites de détention à Hassaké. Les Suisses ainsi que les djihadistes étrangers considérés comme dangereux ne s’y trouvent pas. Ont-ils été transférés en Irak? «Impossible», répond Abdul Karim Omer. En revanche, un responsable de la sécurité reconnaît que des discussions ont eu lieu avec les Américains pour veiller à ce que les détenus importants soient incarcérés en un lieu sûr et secret.

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