Philippe Jaccottet. Truinas, le 21 avril 2001

Alain Madeleine-Perdrillat. De Longues Absences suivi de «Treize poèmes de l'hiver en Corrèze». Les deux à La Dogana, 49 et 57 p.

Dans une prose qui s'engage comme un récit, Philippe Jaccottet, à sa manière précautionneuse mais obstinée, scrute l'énigme d'un jour, celui de l'enterrement de son ami, le poète André du Bouchet: le 21 avril 2001. Sobrement, simplement, l'auteur ressaisit, interroge des choses vues: la neige printanière, la route et le paysage de Truinas, l'absence de rituel ou de toute liturgie, les présences humaines, quelques paroles entendues ou lues dans la résonance particulière d'une journée étrangement peu funèbre, «sauvage», où «tout était avivé», «en relief». A quelques jours, à quelques mois de distance, la méditation s'élargit, précise les intuitions tenaces; le rayonnement de ce jour, son «ordonnance merveilleuse» se dégagent d'un léger entrelacs de correspondances et de réminiscences: aux flocons, fleurs, plumages, torrent, rochers et passages, à l'absence elle-même, ont répondu, indubitables et immatérielles, des paroles sans âge, les voix proches de Senancour, Hölderlin, Emily Dickinson, et celles de poètes d'aujourd'hui; c'est de ce fragile et très intermittent triomphe de la poésie que Jaccottet vient témoigner, nous dit-il, comme d'un signe «de plus en plus lointain».

Le même éditeur publie le premier recueil poétique de l'historien d'art Alain Madeleine-Perdrillat. Cette poésie peuplée de personnages et de bribes de narrations offre une musique fraîche et poignante, entre verve et désillusion, obéissant à «ce besoin de conter/ quand il n'y a plus de conte». Les histoires lues croisent les histoires vécues et ressouvenues, les histoires de rencontres et de séparations, pour une mosaïque de récits brisés, de passants furtifs et de rapides paysages. La précision aiguë, presque douloureuse, avec laquelle sont rendus les sons, les couleurs ou les mouvements, séduit également dans le beau cycle d'hiver qui clôt ce livre.

Les Editions de La Dogana seront présentées par Florian Rodari à la Nouvelle Librairie Descombes (6, Vieux-Collège à Genève), mardi 23 novembre à 19h.