La politique culturelle passionne

Le Conseil fédéral a reçu 339 réactions à son programme pour la culture. Il ne le modifie pas pour autant

Le programme du Conseil fédéral pour la culture dans les années 2016 à 2020 a suscité 339 prises de position durant la consultation, ouverte fin mai. «C’est énorme», relève Alain Berset. Pour autant, le ministre de l’Intérieur n’a pas apporté de modification majeure aux intentions gouvernementales. Dans l’ensemble, les moyens devaient augmenter de 3,4% par an. Le «message» (programme) porte sur cinq ans afin d’aligner la période avec les autres plans quadriennaux, tel que celui sur la formation et la science. Pour ces cinq ans, le Conseil fédéral demande 1,1 milliard de francs.

Les réactions ont porté sur d’innombrables points. L’une des plus fréquentes, tant parmi les autorités cantonales que chez des professionnels, porte sur la création d’une assurance nationale pour les prêts aux musées, dont le gouvernement fédéral ne veut pas entendre parler. Il n’a pas ajouté ce point au programme remanié.

En revanche, il a précisé sa position sur un autre thème jugé sensible, la répartition des tâches. Pour la première fois dans l’histoire helvétique officielle, le message comporte la notion de «politique culturelle nationale». Un concept qui fait blêmir les responsables des cantons et des Villes, principaux bailleurs de fonds de la culture. Les rédacteurs du texte ont donc précisé la notion, davantage centrée sur les questions de coordination entre les instances.

Hausse modulée des moyens

L’augmentation des moyens pour la culture, parfois décrite, à tort ou à raison, comme le parent pauvre de la Confédération, n’est pas anodine. Mais attention, prévient Isabelle Chassot, directrice de l’Office fédéral de la culture: «De nombreux domaines ne connaîtront pas de hausse.» Certaines dépenses supplémentaires sont liées à des décisions antérieures, notamment pour le Musée national à Zurich et la Cinémathèque suisse à Penthaz. La mise en œuvre de l’initiative «jeunesse et musique», pour encourager la formation musicale, engendre aussi une facture élevée. Et le Conseil fédéral a voulu cibler les nouveaux efforts, notamment sur la promotion de la lecture et l’aide à la traduction, les échanges scolaires et l’enseignement de l’italien au nord des Alpes, les arts numériques ainsi que la promotion culturelle à l’étranger.

Des pans resteront à moyens constants, notamment le soutien au patrimoine, ce qui fait grincer des dents dans les cantons. Les enveloppes prévues ne baissent pas par rapport à la situation actuelle; mais l’Etat fédéral se montrait plus généreux vers la fin des années 1990, ce qui fait craindre un désintérêt pour l’entretien des joyaux nationaux. Nul doute que ce point remontera à la surface aux Chambres.

Le cinéma gardera aussi, peu ou prou, ses moyens actuels. Toutefois, le Conseil fédéral veut développer le soutien aux tournages en Suisse, y compris de films étrangers. En Europe et au-delà, la bataille fait rage pour attirer les tournages, une activité «importante aussi sur le plan économique», souligne Alain Berset, pour qui la Suisse doit relever ce défi.